Si le marché Saint-Joseph, à Clermont, a perdu ses chefs avec le confinement, il peut compter sur de fidèles clients
On dirait presque un vendredi matin comme les autres, au marché Saint-Joseph. À un seul détail… « Les gens restent moins pour discuter. Ils font leurs achats et s’en vont. Ce qui casse un peu l’ambiance de marché, basée sur le contact. Mais c’est normal avec le contexte… », observe Antoine Chenard, de l’Escargot des Murailles.
Moins de contraintes qu'au printempsEn tout cas, oubliées les files d’attente à l’entrée de la halle, nées pendant le premier confinement. « Nous souffrons moins qu’au printemps, reconnaît Sarah Marteau, de la ferme de Mirabel, à Riom. Il n’y a plus autant de contraintes, puisque les gens peuvent circuler librement. Et porter un masque est rentré dans les mœurs. Même si c’est plus difficile de parler avec, on a quand même des moments de convivialité, essentiels pour le quartier. »D’ailleurs, les habitués sont bien là, à l’image de Françoise, qui fréquente ce lieu depuis quinze ans. « Normalement, je ne viens pas toutes les semaines, confie la retraitée. Mais là, avec le confinement, cela fait du bien d’être dans cette ambiance.»
De nouveaux clients depuis le premier confinementUne ambiance qui fait aussi du bien aux commerçants, à l’image d’Alain Pougner, de la ferme de Cintrat. « Je fais de la vente en ligne. Mais cela ne remplace pas les marchés ! Ce qui nous différencie des grandes distributions, c’est le contact. Alors c’est sympa de retrouver les clients. » Surtout qu’environ un tiers des nouveaux acheteurs qui sont venus à la Halle Saint-Joseph pendant le premier confinement… sont restés ! « C’est énorme pour nous, confirme Loïc Boucheix, poissonnier. Les gens ont cassé leurs habitudes. Nous sommes partis du bon côté. »
Les restos étant fermés, les chefs ne sont plus làMalheureusement, tout n’est pas rose. Car si les particuliers sont bien là, les restaurateurs, qui viennent se fournir habituellement en légumes, fromages de chèvre ou agneau, n’ont pas de provisions à faire, leurs établissements étant fermés.Et pour certains producteurs, à l’image d’Antoine Chenal, déjà plombé par l’annulation des marchés de Noël, « c’est une vraie perte de clientèle. Certains font des plats à emporter, mais avec des produits plus simples ». Adieu les escargots donc, ou l’agneau. « Oui, les commandes ne sont plus là, reprend Sarah Marteau. J’ai l’habitude de travailler avec un restaurateur qui me prend des agneaux entiers… »Idem pour Chantal Bach, fromagère installée à Broût-Vernet. « Mais nous avons surtout une pensée pour ces chefs, expliquent les deux femmes. Car certains ne vont pas s’en relever. » Éric Pichot, maraîcher à Gerzat, poursuit dans ce sens : « C’est plus compliqué pour eux que pour nous. »Alors tous ont un souhait, autant personnel que professionnel : « Que les gens puissent se retrouver pour Noël ! »
Texte : Marion ChavotPhotos : Thierry Nicolas
