Les mélodies de l'enfance dans "Je te verrai dans mon rêve", de Julie Bonnie
Le grand Django accompagne chaque page de ce livre court, mais intense. Je te verrai dans mon rêve (I'll see you in my dreams, en version originale), une prouesse du guitariste aux allures de mantra dont Blaise s'est fait un maître à penser et à vivre.
Parce qu'en matière de savoir-vivre, le jeune homme est loin du compte. D'ailleurs, quand s'ouvre le roman, tendre et fragile, de Julie Bonnie, Je te verrai dans mon rêve (Grasset), il sort de prison.
Dix ans de taule pour un cambriolage qui a mal tourné, et pour des années déjà de délinquance traînées comme un boulet de malheur depuis son adolescence. Depuis que sa mère s'est perdue et que son père l'a oublié, et qu'il a grandi comme il a pu.
Un horizon après la prisonPour l'accueillir, une vieille tante toute tendre, mais trop taiseuse, des souvenirs et des secrets de famille qui vont vite devenir encombrants, et un improbable duo : Josée et son bébé Nour, belle comme le jour avec ses grands yeux qui le dévorent tout cru.
Un océan de douceur et d'innocence, dans lequel le bonhomme va plonger pour mieux faire peau neuve. Tandis qu'il fait revivre le bar tenu autrefois par son père en le transformant en haut-lieu du jazz, Blaise prend la gamine sous son aile, la préserve des embardées de sa mère, lui inculque la passion de la musique.
Une adolescence en sursisLa sauve-t-il des embûches qui la guette, du désamour maternel qui la perd peu à peu, des influences néfastes qui la tirent du côté obscur de la vie ? Et lui, se préserve-t-il des cauchemars de son passé, des peurs qui le rongent et de l'avenir qui semble s'amenuiser sous ses pas ?
À tour de rôle, ce deux-là racontent les années partagées, ces infimes bonheurs et ces gigantesques trous noirs qui les font trébucher. A tour de rôle, ils se racontent, entre espoir et désenchantement, passion et résignation. Sans dévoiler leurs pires cauchemars, en s'aimant à travers la musique et par les yeux.
"Le ladies football club", de Stefano Massini
C'est tendre, c'est fragile. Ça tangue et ça s'échine, ça déchire aussi jusqu'au grand départ, la séparation qui signe le dernier malheur ou la plus grande chance. Un très joli roman d'apprentissage et d'amour filial (sans père, presque sans mère).
Blandine Hutin-Mercier
Je te verrai dans mon rêve, de Julie Bonnie (Grasset) ; 180 pages, 18 euros.