Un écopont en construction sur l'A71 dans l'Allier pour laisser passer la faune sauvage
Des ouvriers s’affairent depuis plusieurs mois sur l’A71 pour construire un pont atypique. En pleine campagne, sur la commune de Saint-Bonnet-de-Four, près de Montmarault, cet écopont a vocation à devenir un passage pour la faune sauvage, et uniquement elle.
« Quand l’autoroute a été créée, elle a détruit des corridors reliant des réservoirs de biodiversité. Il existe des passages inférieurs ou des ouvrages supérieurs, mais ce ne sont pas des aménagements prévus pour faciliter le déplacement de la faune », souligne Philippe Dehay, conducteur d’opérations grands projets au sein de la société d’autoroutes APRR.
Une projection fournie par APRR.
Pour le brassage génétiqueCe passage à faune permettra aux animaux de s’alimenter, de se reproduire ou encore de se disperser. « Un des objectifs est que les populations puissent se régénérer génétiquement et qu’il y ait un brassage entre des groupes séparés par l’autoroute », argumente Philippe Dehay. Les écoponts limitent par ailleurs le risque de voir passer des animaux sur les voies. Les chevreuils et sangliers sont très présents dans les environs.
Le calendrier Septembre 2021 Début des travaux avec l’implantation de la pile centrale. Actuellement Installation des deux culées sur les côtés. Avril-mai 2022 Mise en place des poutres en béton entre la pile centrale et chaque culée. La circulation sera réduite lors de cette phase. Août 2022 Fin du chantier.
Un aménagement paysagerL’écopont sera large de 25 mètres – « pour permettre à l’animal de ne pas se sentir prisonnier dans un couloir » – et sera aménagé avec de la terre, des arbustes, des haies sur le côté pour les petits mammifères, des amas végétaux pour la petite faune terrestre et les insectes, ou encore une mare afin de donner à boire à cette arche de Noé. Les plantes seront locales, pour la plupart recherchées et comestibles par les animaux. Des écrans visuels vont par ailleurs isoler la faune de la circulation et des phares des voitures.
Le poids de la terreLe pont en béton est quasiment le même qu’un franchissement pour véhicules, remarque Philippe Dehay. « Il n’y a pas de circulation mais il doit tout de même supporter le poids de la terre, surtout quand elle est gorgée d’eau, qui est profonde de 20 centimètres sur la majeure partie du pont et 80 centimètres sur les côtés. » Même si l’A71 est à deux fois deux voies à cet endroit, le franchissement a été dimensionné pour une deux fois trois voies, afin d’anticiper l’éventuel élargissement de l’autoroute.
Des études avant la constructionLa société APRR construit pour 2022 et 2023 dix-neuf de ces ponts sur son réseau, chacun coûtant en moyenne 4,4 millions d’euros. Elle indique qu’il a fallu « une année d’observation des différentes espèces concernées – insectes, mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles – pour disposer de données précises quant à leur cycle biologique complet et concevoir des corridors attractifs ».
Des pièges photoAprès la construction du pont, un suivi sera mis en place, avec des pièges photos. « Cela nous permettra de nous assurer de la fonctionnalité de l’ouvrage », commente le conducteur d’opérations.
Guillaume Bellavoine
