Yannick Jadot : « Je vois le risque d’un retour en arrière du mouvement écologiste où l’alerte devient le buzz »
«Si vous comprenez ce qui se passe chez EELV, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. ». Voilà une petite blague qu’on entend, paraît-il, chez les Verts, un brin sous tension d’ici le Congrès du 10 décembre, où se décidera la succession de Julien Bayou, élu député en juin dernier et en retrait depuis les accusations de violences psychologiques formulées par une ex-compagne.Chez EELV, la favorite pour l’heure s’appelle Marine Tondelier et elle est conseillère municipale à Henin-Beaumont dans le Pas-de-Calais. Fait rare, Yannick Jadot (photo AFP) a surpris cette semaine en apportant son soutien à une motion, celle de Sophie Bussière, une avocate de Bayonne. Sept listes – le dépôt a été clôturé jeudi soir – briguent le poste de secrétaire national.
Yannick Jadot s'implique dans le CongrèsSi l’ex-candidat à la présidentielle s’est décidé à « s’impliquer dans ce congrès », c’est « par nécessité », confie-t-il, « pour être sûr que le travail accompli ces dernières années ne soit pas perdu ». En termes de « transformation de la société » et de « construction de crédibilité ». Et d’ajouter : « Je vois le risque d’un retour en arrière du mouvement écologiste où l’alerte devient le buzz.
Le travail des militants et des élus sur le terrain est aujourd’hui masqué par les polémiques. Je ne veux pas de ce retour en arrière »
Le député européen, qui était cette semaine en session parlementaire à Strasbourg, constate qu’aujourd’hui l’écologie a su faire son chemin à Bruxelles, dans de grandes mairies, au Sénat, à l’Assemblée… « Elle est passée d’un mouvement essentiellement d’alerte à un parti où l’on agit à travers les institutions. Il ne faudrait pas que cette évolution qui permet de construire une crédibilité soit remise en cause par une succession de buzz, de polémiques à répétition où l’on a parfois l’impression que les écologistes sont plus soucieux de s’adresser aux convaincus que de résoudre les problèmes des Français ».
Photo Thierry Lindauer
Ne pas s'éloigner des FrançaisIl ne nie surtout pas que l’urgence soit « absolue », mais sent la nécessité d’embarquer tout le monde. « On sait que les transformations à engager vont être très lourdes. Dans ce cadre-là, il y a deux stratégies : l’une consistant à dire que ça cogne tellement fort qu’il faut aussi radicaliser notre discours au risque parfois de brutaliser le débat public, de parler aux plus convaincus, de les flatter. Mais je crois que cela nous éloigne des Françaises et des Français qui aujourd’hui sont sidérés par ce qui se passe et très angoissés.
Moi je veux construire avec eux, les convaincre, sans hystériser le débat parce que cela n’aide pas l’écologie à devenir un projet dans lequel les Français peuvent se projeter. Ça nous éloigne de la conquête du pouvoir »
Et d’appuyer : « Je ne pense pas qu’on puisse gagner un jour en divisant, en culpabilisant, en moralisant ». Il dit parfaitement assumer son score à la présidentielle (4,63 %) et reste certain qu’il existe un « chemin pour traiter à la fois du climat et de la justice sociale ».
Lancement d'un club politiqueIl lance d’ailleurs un « club politique ». Attention, pas un parti. Pour lui, il s’agit de produire des « débats et des propositions qui répondent aux défis qui nous percutent en sortant du débat public parfois hystérisé et de la politique Twitter qui ne résoudra aucune des difficultés des Français ». Il souhaite ainsi « favoriser la construction de coalitions avec les salariés, les entrepreneurs, les intellectuels, avec des politiques au-delà des partis ». Ce qui permettra, aspire-t-il, de « penser et de réaliser les majorités de demain ».
Florence Chédotal
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Les européennes, sous la bannière EELV
Les européennes à venir, scrutin d'ordinaire favorable aux écolos (13,48% en 2019), lui les voit clairement sans la Nupes, cette coalition qu'il jugeait bienvenue pour les législatives en tant que « stratégie défensive », mais pas là. Question de scrutin proportionnel, de cohérence en tant que fédéralistes européens, de "volonté de faire vivre notre diversité", refus aussi "d’instrumentaliser les européennes pour des questions de tactique nationale... Je ne trouve pas ça sain", explique Yannick Jadot.
