Écrasé par une voiture en 2021, dans le Cantal, Poupy peut aujourd'hui courir grâce à une prothèse
Sur le pas de la porte, Poupy balaye l’horizon. Non pas à l’affût d’un lièvre, mais plutôt d’une voiture. Stigmates d’un accident qui a failli lui coûter la vie, ces réflexes sont le témoin d’un traumatisme qui l’habite. En septembre 2021, un conducteur qui manœuvrait l’a renversé, à Teissières-de-Cornet (Cantal). « Quand je l’ai vu, j’ai cru qu’il était mort, se souvient, la voix tremblante, Christine Baduel, sa propriétaire. Il était inerte. Le conducteur de la voiture est sorti et m’a dit : “il est en train de mourir”. Son cœur battait très lentement. Je pense qu’il était en train de partir. » Alors âgé de 2 ans, le golden retriever croisé épagneul français a bien failli ne pas s’en sortir. « Je travaille aux urgences. J’avais observé les urgentistes crier le nom des personnes lorsqu’elles étaient dans cet état second. Alors j’ai hurlé son nom, deux fois. » Bonne stratégie : le chien se redresse soudain, et part se réfugier dans l’enclos où il est né, où il a grandi avec sa mère, déjà décédée à cette époque.
Sa patte n’étant plus innervée, il la cognait, se blessait, ne guérissait pas.
« Nous l’avons emmené à la clinique des Volcans. Les vétérinaires n’osaient pas se prononcer sur son pronostic : sa colonne vertébrale était dans un état grave, et sa patte droite était très endommagée. » Le lendemain, Christine Baduel le découvre en vie. Soulagement. S’en suivent huit mois de séances d’ostéopathie, d’acuponcture.
Lorsque, péniblement, il se déplaçait, Poupy perdait systématiquement l’équilibre. « Il tombait en avant, la tête la première… Il avait l’impression de pouvoir encore s’appuyer sur la patte », se souvient tristement sa propriétaire, qui s’est toujours refusée à l’amputer. « Il n’a que 3 ans… Il est jeune. Je ne voulais pas le condamner. »
Un chien d'un soutien indéfectibleSi Christine Baduel s’implique autant pour son chien, c’est parce qu’entre eux une complicité incommensurable s’est créée. « Poupy… c’est un chien qui… » Les larmes aux yeux, elle poursuit : « C’est un chien qui, pendant le confinement, m’a beaucoup apporté. Je travaillais de nuit aux urgences à Aurillac. C’était difficile. Il m’a aidée à tenir le choc. Quand je revenais, nous allions nous promener dans la nature. On a de super balades pédestres, ici. »
La patte de Poupy est aujourd'hui en voie de guérison.L’amputer de sa patte droite n’était pas une option. « J’ai cherché un moyen de lui procurer une aide efficace. J’ai acheté des attelles sur internet, des chaussettes exprès… » En vain. Jusqu’au jour où l’une de ses amies lui parle de prothèses. « Elle m’a dit : ils le font pour les humains, ils peuvent peut-être faire quelque chose pour Poupy. » Le jour-même, les mesures sont prises par les équipes du prothésiste Protheka, à Aurillac. « C’était la première fois qu’ils procédaient à ce genre d’attelle. » Mais la qualité du dispositif dépasse les espérances de Christine Baduel. « Cela le fait renaître. Il peut courir à nouveau, il joue… »
Sur mesure, elle a été offerte par le prothésiste. Elle permet à la propriétaire de réaliser les soins sur la patte de son chien. « Ça ne le blesse pas, et ça laisse passer l’air : ses plaies, celles-là même qui ne guérissaient pas depuis un an parce qu’il n’arrêtait pas de se cogner dessus, commencent à sécher. » Son secret pour accélérer la cicatrisation lui a été soufflé par sa vétérinaire : miel et huile essentielle de thym. Un onguent qui semble fonctionner, et qui a l’avantage de beaucoup plaire à Poupy. « Il aime le goût sucré… » Aujourd’hui, sa patte cicatrise, et il s’appuie à nouveau sur cette patte qui était condamnée (*).
Anna Modolo
anna.modolo@centrefrance.com
(*) Les récepteurs sensoriels de Poupy sont certes altérés, mais la zone de son cerveau exclusivement consacrée à sa patte droite fonctionne comme si elle était innervée. Ainsi, le chien peut s’adapter très facilement à une patte factice, si elle est remplacée rapidement.
