"On a tous nos chemins noirs à traverser" : l'acteur Jean Dujardin sur les pas de l'écrivain Sylvain Tesson
Le seul acteur français oscarisé n’a jamais été aussi loin d’Hollywood. À « cinquante balais », Jean Dujardin s’est lancé Sur les chemins noirs. Dans les pas de l’écrivain Sylvain Tesson, il est parti à la conquête de la diagonale du vide, du Mercantour jusqu’au Cotentin, pour traverser à pied la France « hyper-rurale ». L’histoire de cette fugue est celle d’une guérison, adaptée au cinéma par Denis Imbert, le réalisateur limougeaud derrière Mystère (2021). Interview.
L’équipe du film a choisi Aurillac, préfecture du Cantal, pour la projection de l’avant-première. Pourquoi ? C’est cohérent par rapport au film. Et quel décor ! Avant de partir en Patagonie, c’est quand même plus malin de venir voyager ici. C’est fou ! Le plomb du Cantal à 6 ou 7 heures du mat’, c’est sublime.
Jean Dujardin à Aurillac avec « Sur les chemins noirs », son nouveau film tourné dans le Cantal
La beauté des lieux, c’est ce qui vous a frappé lors du tournage ? Et parfois l’abandon, ou en tout cas l’isolement de certains villages qui, je suppose, participe à la beauté des lieux. À la tranquillité, la richesse, l’humanité qu’il peut y avoir entre les villageois. Parce qu’on a du plaisir à venir ici. Il y a quelque chose d’un peu ouaté, de très chaleureux. À Murat, je me souviens d’une maison d’hôtes… C’était limite si on ne s’y faisait pas engueuler, le matin, parce qu’on ne prenait pas le petit-déj’. « Vous montez au plomb ? Vous allez manger, oui ! »
Vous avez lu le livre de Sylvain Tesson d’une traite. Durant le confinement ? Un peu après le Covid. Je ne l’ai pas quitté des yeux. Je l’ai lu, je l’ai refermé. Je l’ai posté sur Instagram, ce que je fais rarement. Et quinze jours après, Denis Imbert m’appelle. « C’est marrant, je viens de l’adapter. Tu serais intéressé ? » J’avais déjà envie de me barrer sur un projet. Fallait-il encore le trouver. Par ce biais de la fêlure, de la rédemption, par ces chemins tourmentés, ces chemins noirs des cartes IGN offrent une possibilité de s’échapper. Et éventuellement de se soigner, voire de tirer la chasse. Pardon pour l’expression, mais c’est pas mal de pouvoir se dire « tiens, en France, à côté de chez moi, j’ai la possibilité de me reconstruire ».
Tout ça sans partir en Patagonie, ni parcourir des milliers de kilomètres en avion… Ce n’est pas très compliqué. C’est comme mettre un pas devant l’autre.
Paraît-il que la marche fait partie de vous. C’est vrai ? Oui. J’étais scout, j’ai fait beaucoup de camps. Et je continue à voir mes potes scouts. On a déjà fait la Vallée des Merveilles, la Côte d’Argent… À la fin du mois d’ailleurs, on se retrouve à l’Estérel. On se barre à cinq ou six copains ; on se connaît depuis l’âge de 13 ans. C’est un truc que j’attends tous les ans.
Alors le bouquin de Sylvain Tesson vous parlait… Tesson me parlait même avant les Chemins noirs. J’avais lu Bérézina, les Forêts de Sibérie, je viens de lire Blanc… S’il est tant aimé, c’est que l’on vit tous, par procuration, cette liberté qu’il nous offre. Il en a fait son métier et il nous l’offre, dans un bouquin. C’est génial.
Un tournage avec Jean Dujardin cet automne en Limousin
Vous l’avez rencontré, avant le tournage. Racontez-nous. Je suis allé le voir chez lui, dans son nid d’aigle, au dernier étage. On a fumé un cigare, bu un coup, parlé. Il me posait la question : « C’est une bonne idée de l’adapter ? » Je n’en sais rien ; personne n’a raison. On n’a pas vécu le quart de ce qu’il a vécu. Sylvain Tesson revient de la mort, de l’au-delà ! Mais je pressentais que l’on pouvait, chacun, y greffer quelque chose. Que l’on avait tous nos chemins noirs à traverser. Moi, je ne pense pas être tourmenté, mais je pense que j’ai des prisons, que j’ai des choses à régler. Comme tout le monde. Et j’avais le sentiment de pouvoir faire le point tout en continuant à travailler.
Romain Blanc
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