"On se sent concernés : nous non plus, on ne veut pas mourir au travail !"
Certains se regroupent pour aller manifester au départ de la place de la Poste, jeudi après-midi, à Vichy à l'appel de l'intersyndicale, afin de prendre part à la neuvième manifestation nationale contre une réforme. D'autres blocages avaient lieu jeudi matin dans l'arrondissement : l'un au dépôt Enedis GRDF de Cusset et aussi à l'incinérateur de Bayet, où des mouvements de grèves sont en cours sur la journée.
Ils étaient une soixantaine, d'après la police, jeudi matin devant les grilles du lycée Valéry Larbaud. La plupart s'engagent dans un mouvement pour la première fois. Le 49.3, l'enjeu d'un débat parlementaire, la discussion d'un texte de loi à la Chambre basse, puis à la Chambre haute, le Sénat, l'assemblée nationale, l'exercice et la pratique constitutionnelle de la démocratie, la République et ses institutions, ils ont découvert tout ça à travers ce mouvement de contestation qu'ils suivent depuis fin janvier sur les réseaux sociaux. Tel Baptiste, 17 ans, en terminale bac pro, hôtellerie services : "On s'est engagé contre cette réforme et surtout contre l'inflation, parce que ça nous touche. On ne peut pas profiter de notre jeunesse, tout coûte si cher, et on a conscience de ce qui nous attend. Personnellement, je vais aux manifs quand je peux depuis le début. La retraite, c'est loin, mais on est concernés. On veut avoir une belle vie : on ne veut pas mourir au travail. Nous voulons profiter de nos grands-parents aussi, et on pense à nos parents. Macron, lui, l'âge du départ à la retraite, ça ne le concerne pas beaucoup : il est dans un métier où il ne va pas souffrir ; la politique, ça peut être fatigant moralement, mais pas physiquement. Alors que mon père qui travaille dehors toute la journée, il a 50 ans et il est cassé de partout. Ma mère, elle, est infirmière, elle n'en peut déjà plus. Moi, je vais travailler dans l'hôtellerie, je pense qu'à 64 ans, ça ne va pas le faire, et dans plein de métiers, c'est comme ça."
Les lycéens manifestent contre la réforme des retraites et contre le Service National Universel obligatoire. D'après une note interne du ministère de l'Éducation nationale, le SNU pourrait devenir obligatoire dans 6 départements en 2024, avant d'être généralisé sur tout le territoire national en 2026.
Au départ du mouvement, la mobilisation est restée faible chez les lycéens dans l'arrondissement. Il semble qu'au fil des semaines, les étudiants ont structuré leur mouvement, soutenus par l'intersyndicale. "On a bien compris qu'on est en démocratie, précise Baptiste, mais finalement, on se rend compte que celui qui est au-dessus (le président) peut gouverner sans se soucier de l'avis des gens, et imposer ce qu'il veut ! Alors qu'on est dans un pays où c'est le peuple qui est censé décider. On a découvert le 49.3 et moi franchement, je trouve ça choquant."
D'autres mouvements de blocages dans l'arrondissementPour discuter du mouvement, les jeunes ont créé un groupe sur Instagram qui réunit 250 lycéens de Valéry Larbaud. Un peu déçus "de se retrouver moins nombreux qu'ils l'auraient souhaité", ceux qui se mobilisent aujourd'hui, font aussi l'apprentissage des vicissitudes d'un mouvement de lutte collective et de la difficulté d'aller au bout d'un engagement citoyen quand on est militant... Ils vont de nouveau se rassembler vers 13 h 30 afin de converger vers le lycée Albert Londres, et rejoindre par la suite la place de la Poste où a lieu le départ de la manif dans le sillage du mouvement de contestation national.
Le dépôt de Cusset Enedis et GRDF en grève La trentaine de salariés d'Enedis (dépôt de Cusset) sont en grève aujourd'hui à 60 % d'après la CGT, syndicat majoritaire dans l'entreprise, et 100 % des salariés de GRDF (douze personnes) observent un mouvement partiel ou total sur la journée. "On manifeste contre la réforme et aussi pour dire notre inquiétude sur le changement de statut des entreprises publiques, et les risques de privatisation. Cela fait longtemps qu'on est dans la lutte. La réforme des retraites cristallise la colère. Nous, on veut le retour à l'Epic (Etablissement public à caractère industriel ou commercial)", précise Julien Tourret, porte-parole CGT.
Textes et photos Anne Cazalès
