Comment les guéretois en appartements font-ils face à la canicule ?
En appartement, on peut se sentir enfermé. Sans jardin pour respirer. Mais là, pour quelques-uns, c’est pire. Les rayons du soleil, certains habitants de la tour 10 à Brésard ne les avaient jamais ressentis ainsi. Avec la disparition de l’immeuble d’en face, les occupants à la vue à présent dégagée ne sont, en retour, plus à l’abri.
Tout le monde n’est pas loti à la même enseigneAu sixième étage, une jeune fille souffre. « C’est plus étouffant. On a peut-être une belle vue mais c’est très tapant maintenant », souffle-t-elle. À 19 ans, l’habitante est venue vivre avec sa mère il y a quelques mois, soit « un peu avant que ça s’effondre ». Avec son psoriasis, elle évite de sortir. « Dans Guéret, il y a encore beaucoup d’endroits qui n’ont pas la climatisation. » Alors comme tous ceux qui restent chez eux, elle ferme les volets, met en route le ventilateur et tâche de s’hydrater fréquemment.
Hassanyar travaille dans un garage, avec la ferraille environnante et de grosses chaussures de sécurité aux pieds, alors même s’il fait chaud à Brésard, il préfère encore la chaleur de son appartement à son atelier. Le jeune homme de 28 ans a les bons réflexes mais aussi ses habitudes : « Quand je rentre à la maison, je prends une douche froide et je mange de la pastèque et heureusement qu’en prenant la voiture, je peux mettre la clim’aussi ! » Lui ne trouve pas que l’absence de la tour d’en face y soit pour grand-chose dans ce pic de chaleur.
Un avis partagé par Nicole, du quatrième. « Il y a plus d’éclairage, oui. Mais même avec la tour, avant, il faisait déjà très chaud », assure la quinquagénaire. Si elle sort, c’est matin ou soir et pas très loin. Elle a hâte que les vestiges de la tour 12 laissent place à peu plus de verdure et d’ombre. « Ce sera bien pour les enfants », estime l’assistante maternelle.
Évelyne, elle, est du bon côté, celui à l’ombre. Elle ne se plaint pas, bien au contraire. Son appartement au troisième étage donne sur la cour alors elle en profite. « J’ouvre les fenêtres. Là où je suis, il y a plein de courants d’air. Ça me fait mon petit coin de paradis », apprécie la doyenne de 91 ans. Elle ne s’empêche pas de sortir non plus. Elle fréquente les bancs sous les arbres du petit parc à côté des tours ou, plus récemment et les installations associatives.
L’espace de vie sociale du quartier dispose en ce moment des tables et chaises dans la cour pour inviter les voisins à se rencontrer. « Je venais déjà quand Oasis organisait ce genre de choses et là, encore, aussi. Je ne peux pas rester enfermée. Je descends à deux heures et remonte à quatre heures. » Et ce même si elle peine à marcher. « Mon médecin m’a dit de mettre des bas de contention mais tu parles que je vais faire ça avec la chaleur… »
Garder un lien malgré la fatigue due à la chaleurElle n’est pas la seule à avoir pris l’habitude de « se rendre en bas » pour éviter de rester cloîtrée avec la chaleur. Devant les locaux associatifs, on retrouve des locataires des autres tours mais aussi d’autres quartiers. Dominique ne compte pas trop râler quant à la chaleur. L’habitante de l’immeuble 6 était autrefois au onzième étage et « les hivers étaient très froids » après tout. Maintenant au septième, la sexagénaire ne le nie pas, la chaleur la conduit à « s’enfermer un max ». Un rêve : que Creusalis, l’office HLM, installe la climatisation. Mais elle se doute bien que ce n’est pas vraiment dans les tuyaux.
Dans la même tour, Christine, elle, veut bien se plaindre un petit peu. « Nous, on a le soleil qui tape tout l’après-midi, jusqu’à 19 h 30. De l’autre côté, c’est que le matin alors c’est plus court pour eux », souffle-t-elle, appuyée sur un banc. « La chaleur, ça me fatigue. Je n‘ai plus envie de rien faire. Heureusement qu’il y a les copines, sans quoi je ne descendrai pas. »
Avec Chloé et Loreleï, Georges est venu du quartier Olivier-de-Pierrebourg histoire de « fuir la maison et d’avoir un peu d’air, de s’abriter auprès des arbres ». Loreleï, habitante de la tour 6, regrette de ne pas avoir de piscine à proximité pour se rafraîchir. « Courtille, ça fait loin. Certains ne sont pas en mesure de se déplacer ! » Alors, elle se contente de l’ombre en bas de chez elle.
Même chose pour Mélissa, de Charles-de-Gaulle. « J’ouvre tout mais il n’y a toujours pas d’air alors je dois mettre les ventilateurs à fond. » Pour Patrick, venu d’encore plus loin, le soleil tape directement sur son appartement situé au dernier étage d’une tour à Jouhet. Ancien membre de l’association de quartier Oasis, il a gardé ses habitudes et des connaissances de Brésard alors il se rend sur place assez souvent. Et participe aux conversations du petit monde attablé entre les trois tours restantes du quartier, dressées dans leur puits de chaleur.
Charlotte Mathiot
