Des essaimages "chaotiques" du côté de Moulins, avec des abeilles qui "se posent où elles peuvent"
Il était beau, cet essaim qui s’était posé sur un panneau de signalisation, en bas de la place d’Allier, à deux pas du Sacré-Cœur, à Moulins, lundi 10 juin.Mais pas fondé à rester là. Même s’il s’agissait probablement d’une « pause » avant que les abeilles, protégeant leur reine en leur centre, ne recherchent un endroit plus pérenne, tel un nuage vrombissant.Zone de passage. Centre-ville. Danger potentiel. Ce n’est pas une mission pour les pompiers. SOS apiculteurs ! « Par le biais de notre syndicat, on a une liste d’apiculteurs intéressés et disponibles, qui se relaient pour intervenir », explique Laure Goudouneix, apicultrice yzeurienne.
Essaimage chaotique, comme la météoEt cette année, l’essaimage a été « particulièrement chaotique ». L’équipe « d’astreinte » est souvent appelée à la rescousse : « La saison a été bizarre. Un jour, il fait super beau, le lendemain, il pleut ou il fait plus froid. Les abeilles n’ont pas essaimé au moment de la floraison des acacias autour de Moulins, alors qu’elles ont pu le faire du côté de Montluçon. Elles le font donc quand elles peuvent, tout d’un coup. Par exemple, mardi 4 juin, on est allés chercher des abeilles au tribunal, dans deux jardins d’Yzeure, dans la forêt de Munet vers Aurouër, à Trévol et à Avermes ».D’autres, appelés par des particuliers, en ont trouvé « dans un rosier à Chemilly » ou « loupé un beau, de peu, sur un piquet de clôture à Bressolles ».
Quand un essaim pend, il est plus facile à déplacerPourquoi ne pas les laisser continuer leur essaimage ? « L’idéal, c’est de pouvoir les récupérer quand elles pendent et qu’on les voit bien », avance Laure Goudouneix, qui pense à l’intérêt de les adopter pour produire du miel.Il y a une autre raison : « Elles essaiment sur ce qu’elles trouvent sur leur passage. D’abord elles se posent. Par exemple sur une cheminée. Si c’est à tous les vents, elles vont repartir vers une autre destination, en quête d’un abri. Cet abri, ça peut être un tronc d’arbre, dans les clochers, cela peut être aussi l’intérieur de la cheminée, même si elle est bouchée, car il y a toujours des interstices, cela peut être un trou dans le mur, derrière des plaques de plâtre… Et là, ça devient moins sympa d’avoir des abeilles chez soi ». Et quand c’est impossible de les déménager, pas d’autre solution malheureusement que « l’insecticide » : « Vous imaginez, un petit essaim, ce sont 20.000 individus, un gros, 50.000 ».
Un réseau de professionnels et d'amateursTous ces essaims récupérés à temps ne vont pas forcément chez Laure et ses camarades professionnels producteurs de miel, tant s’en faut. Le réseau est aussi fourni en apiculteurs amateurs, tels Jean-Louis, Daniel et Jean-Pierre, trio d’amis dont certaines des ruches ont trouvé asile chez Max, un quatrième copain amoureux de biodiversité.
Deux hectares de jardin-forêt-verger sans traitement et joliment sauvages, du côté de Neuvy. Histoire de créer une bulle vertueuse : « Essences variées, arbres fruitiers greffés par les croqueurs de pommes de la Pomone Bourbonnaise et pollinisation », résume Jean-Pierre, apiculteur amateur depuis sept ans, invité à franchir le pas par son ancien chef aux « Télécoms », le fameux Pierre Goudouneix, père de Laure.
Inquiétudes autour d'une toute jeune colonieÀ Neuvy, Jean-Pierre a installé trois ruches. Une pas toute récente et puis deux essaims fraîchement adoptés.
Ils s’inquiètent de l’un d’entre eux : « Je ne trouve pas que l’activité soit importante à la sortie », estime Jean-Louis, formé par son oncle dès l’âge de 16 ans. « Est-ce que tu en vois qui ramènent du pollen ? Ça nous informe sur le fait que la reine a commencé à pondre. On dirait qu’il n’y a personne dans cette ruche ».Quelques abeilles reviennent avec des petits sacs jaunes accrochés aux pattes, mais trop peu pour confirmer la bonne santé de la colonie.
Des oeufs, ouf, c'est bon !Les deux hommes décident de déranger les insectes, d’aller investiguer pour en avoir le cœur net. Toit ouvert, la solution de sucre et d’eau n’a pas été touchée. Pas bon signe. « Elles ne sont pas montées jusque-là ». Ils décident d’ouvrir. Soulagement, en examinant un cadre bien placé au centre, ils perçoivent une ligne de « minuscules virgules blanches » : « Des œufs ! ». En une semaine, les ouvrières ont bien travaillé à partir de l’amorce en cire, elles ont créé de belles alvéoles. Trois rayons sont occupés au total. C’est un début, mais prometteur. « Allez, vite on referme », conseille Jean-Louis. « Elles ont besoin d’être à 37 degrés et il fait 19 dehors. Elles vont devoir dépenser de l’énergie pour chauffer à nouveau les couvains. L’apiculteur est souvent l’ennemi des abeilles ».
« Ça mielle pas trop cette année »D’ailleurs, les deux amateurs savent qu’ils devront faire taire leur gourmandise au profit de la survie de leurs locataires. Ils ne se font pas d’illusion : « Cette année, ça mielle pas trop », remarque Jean-Pierre. « Trop de mauvais temps. On table sur un cinquième par rapport aux normales. Dire qu’au début, je pouvais faire deux récoltes chaque année, au printemps et à l’automne, soit 40 kg par ruche, par an. L’année dernière, j’en étais à 3 kg sur deux ruches et c’était une bonne année ».
Mathilde Duchatelle
