Pourquoi ce chantier "titanesque" de Haute-Loire était-il aussi visionnaire ?
Un " chantier titanesque ", à près de 9 millions d’euros. Le président du Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable (SIAEP) du Cézallier, Gérard Bonjean, n’usait pas d’euphémismes, ce jeudi 20 juin, pour présenter le résultat de près de dix années de travail aux élus du syndicat et de collectivités partenaires ainsi qu’au sénateur Laurent Duplomb. Il s’agissait en effet d’inaugurer, à proximité du village de Pradelles, sur la commune de Blesle, le chantier de sécurisation de l’alimentation en eau potable du Cézallier, de protection de la ressource et des milieux et de production d’énergie renouvelable.A Pradelle, le réservoir compte deux cuves de 1.250 m³.
Celui-ci a été imaginé en 2015, comme le rappelait Gérard Bonjean, alors que l’agence de l’eau intimait au syndicat de gérer les fuites qui étaient à déplorer, notamment au niveau des brise-charges qui permettaient de diminuer la pression entre la source et l’aval. Des brise-charges qui ont depuis été supprimés, au profit d’un acheminement revu de A à Z. Julien Filiol, responsable d’exploitation eau potable au Syndicat de gestion des eaux du Brivadois (SGEB), et les services techniques de la structure étaient présents au réservoir de Pradelle pour expliquer toute l’étendue du chantier aux visiteurs.
Trois réservoirs construitsAinsi, trois réservoirs ont été construits : au Rayet, au niveau de la source (avec deux départs, deux conduites), au Marzun (pour desservir en eau les communes d’Anzat-le-Luguet, Autrac, Ardes-sur-Couze, Apchat…) et à Pradelle, d’où l’eau est ensuite distribuée sur une vaste zone, allant de Saint-Just-près-Brioude à Brassac-les-Mines. " Entre la source et Pradelle, il y a 400 m de dénivelé et 40 bars de pression, explique Julien Filiol. L’eau descend jusqu’ici sans réducteur de pression et sert à produire de l’électricité. Elle passe par une turbine et va ensuite dans les réservoirs. À Pradelle, nous avons deux cuves de 1.250 m³. "La turbine permettant de produire de l'électricité avec l'eau arrivant au réservoir de Pradelle.
C’est une des particularités de ce chantier : des bâtiments construits ont aussi été équipés de turbines placées à l’arrivée de l’eau, pour produire de l’électricité vendue ensuite à Enedis (120 kVA max pour la plus puissante, à Pradelle). En plus de ces bâtiments, une longue canalisation en fonte (pouvant supporter 50 bars) a été installée entre Le Rayet et Pradelle. Entre Le Rayet et Marzun, la nouvelle canalisation est en PEHD (supporte 16 bars au maximum). Elle est équipée de réducteurs de pression pour la maintenir sous les 10 bars. " En aval, on a aussi remplacé 2,2 km de conduites à Chambezon et une turbine a été posée sur le réservoir de la commune ", détaille Julien Filiol.
Ne prendre que le nécessaireUn changement radical, qui a permis en premier lieu d’améliorer le rendement de la source. " Avant, on avait du débordement parce qu’on ne pouvait pas gérer les débits. Aujourd’hui, on peut tous les gérer. Les réservoirs font tampon. La source est captée et alimente les réservoirs. On essaye de gérer les niveaux pour que les débits soient constants. " Autre changement : le surplus n’est plus perdu tout au long du circuit de l’eau potable.
Dorénavant, le surplus est directement relargué dans les zones humides au pied de la source. De sorte que cela la réalimente. On ne prend que ce dont on a besoin.
Et quand on demande à Julien Filiol quelles ont été les économies d’eau réalisées depuis la mise en activité du réseau, il y a environ un an, il avoue : " On n’a pas une vision objective. Avant, on estimait le débit et le relargage. Maintenant, on sait ce que l’on prélève et ce que prend l’abonné. Tous les sites sont télégérés. On doit dépasser la centaine de capteurs. On peut tout savoir en temps et en heure. Et nous réalisons même des campagnes de mesures entre 2 et 4 heures, quand normalement les gens ne consomment pas, pour localiser d’éventuelles fuites. "Les points de départ de l'eau potable de Pradelle vers le réseau.
Ce chantier, qui a débuté en 2020, était un chantier " hors norme, insistait Gérard Bonjean. Et ce pour plusieurs raisons : son coût ; son originalité et sa vision, parce qu’à l’époque on a pensé à l’économie d’eau potable ; pour la préservation des milieux, dont les zones humides, et de l’eau potable ; et par la production d’énergie renouvelable sans impact sur le milieu et le paysage. "
En bref
Depuis 1950. Gérard Bonjean, son président, a rappelé que le SIAEP du Cézallier était né en 1950, " sous l’impulsion de maires visionnaires. Faire payer l’eau quand tout le monde a un puits chez soi… Mais maintenant, on bénéficie de ce choix. » En dehors de ces travaux exceptionnels, le syndicat investit 1,2 million d’€ annuellement pour renouveler le réseau et le réparer. « Et nous avons un taux de renouvellement à 81 ans ! "
Quelques chiffres. Le SIAEP du Cézallier, c’est 34 communes desservies sur trois départements (Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Cantal), trois communautés de communes et une communauté d’agglomération. Regroupant 761 km de réseau d’eau, il compte 15.252 abonnés.
