JO Paris 2024 : "C'est du Johnny Hallyday au Stade de France !" : Le Poséidon Léon Marchand au Panthéon
« Marchand ? Ahah ! Tiens, écoute ça (Que je t’aime est dans le même temps repris en chœur dans Paris La Défense Arena) : c’est du Johnny Hallyday au Stade de France ! Jojo’, lui, c’était le meilleur ! Le mot exceptionnel (pour qualifier Léon Marchand) n’est pas assez fort. » Au bout du micro tendu par les journalistes en zone d’interview, le jeudi 1er août, l’intenable Philippe Lucas, s’est lancé sans l’aide de personne dans une énième série de punchlines dont il a le secret.
« Ce n'est pas exceptionnel, il n'y a pas de mots ! »L’emblématique entraîneur français de 61 ans, tee-shirt de sport, bermuda (trop) long et tongs brésiliennes aux pieds, ne manque pas de saluer alors la journée complètement folle du nouveau roi tricolore des bassins. « Ce n’est pas enchaîner les courses car Laure, elle, nageait jusqu’à quatorze courses aux championnats du monde… C’est la façon dont c’est fait. Et surtout, la facilité, l’intelligence, les temps… Ce n’est pas exceptionnel, il n’y a pas de mots ! » Le doublé doré 200 m papillon et brasse torché quelques minutes plus tôt en même pas deux heures par Léon Marchand, n’était peut-être pas son plus bel exploit. Laisser le tumultueux ex-coach de Laure Manaudou bouche bée, ne serait-ce pas également une première dans l’histoire de la natation française ?
De technicien stupéfait par ce qu’il vient de se passer, Bob Bowman, en est une autre victime des plus significatives. L’actuel entraîneur du Toulousain a pourtant écrit les plus belles lignes de la discipline, aux côtés de son ex-protégé, la légende Michael Phelps, qui reste encore le nageur le plus titré en individuel sur des Jeux (cinq médailles d’or en 2008 à Pékin). « Je suis si fier de lui. C’est un effort historique, ça montre simplement le travail incroyable qu’il a fait depuis plusieurs années pour en arriver là. La façon dont il a géré ça et son attitude ont été bluffantes. Cette soirée était incroyable, il ne l’oubliera jamais. Honnêtement, ce (jeudi) soir, j’ai tenu une promesse que j’avais faite à un gamin il y a trois ans. Il a réussi. C’était non seulement un défi pour lui, mais aussi un énorme défi pour moi. Le relever, le voir accomplir ses rêves est absolument satisfaisant », lâchait le jeudi 1er août comme rarement le coach américain de 59 ans.
Depuis vendredi soir, le jeune pensionnaire de l’université de l’Arizona, a encore plus coulé la concurrence. En décrochant sa quatrième médaille d’or en cinq jours et onze courses, pour près d’une demi-heure totale passée dans les bassins, Léon Marchand est tout simplement devenu l’athlète français le plus titré en individuel aux JO. Pour se rendre encore plus compte de son indécence, le judoka Teddy Riner, également encore un peu plus entré dans l’Histoire olympique hier, aura par exemple mis douze années à rafler trois médailles d’or en solo sur l’événement.
« Tout le stade est à fond derrière moi et je m'en sers »Attendu comme l’un des plus gros pourvoyeurs de breloques de la délégation française sur ces Jeux à domicile, le recordman du monde du 400 m 4 nages en est ressorti en fossoyeur des légendes du sport de son pays. Sa Marseillaise d’hier à Paris La Défense Arena, a été entonnée avec davantage d’émotions et de relâchement. Enfin. « Tout le stade est à fond derrière moi et je m’en sers. Ça me permet de faire des performances comme ça. C’était magique, je ne sais pas trop quoi dire... », réagissait-il à chaud.
« Je me rappelle d’Athènes (en 2004), c’était chaud aussi au niveau de l’ambiance. On est un sport où l’on attire personne, à part les parents, et encore ce sont les chauffeurs de car… Là, c’est extraordinaire ! » Tiens, tiens, revoici du Philippe Lucas dans le texte. De générations en générations... Il y a aura bel et bien eu un avant et un après Marchand. Quelque chose nous dit que les petits « Léon » devraient garnir les tops de prénoms de naissances masculines en 2025...
Marchand Coeur de Léon
Le calme olympien affiché par le môme de 22 ans, à chaque passage en zone d’interview lors de ces JO est remarquable. Victime « d’un petit souci mental », Léon Marchand avait pourtant failli arrêter la natation il y a cinq ans. Ressourcé auprès des siens et bien aidé par les conseils de son préparateur mental Thomas Sammut, le timide haut-garonnais apparaît désormais d’une zénitude à toute épreuve. Et lorsque le corps commence à grincer, face à l’armada étouffante de micros, les mots sont toujours bien sentis, sereinement posés. Un exemple frappant, jeudi matin : « C’est très dur. Je me suis endormi vers 4 heures, le réveil à 8 heures a été un peu brutal. La fin de soirée a été très longue, avec beaucoup de médias, la conférence de presse, le contrôle antidopage, le massage, le dîner… Enfin, le cinquième dîner, j’ai envie de dire. Je suis rentré tard, je n’ai même pas eu le temps d’appeler mes parents. » Un coup de cœur du public, partagé médiatiquement.
À Paris La Défense Arena, Florent Leybros
