"Clair Obscur Expedition 33" : pourquoi ce jeu vidéo français envoûte les "gamers"
Un monde inspiré du Paris de la Belle Epoque, une quête mythique, une "Peinteresse" tyrannique qui tue d’un coup de pinceau des milliers de personnes et une course contre la montre haletante. En moins d’un mois, l’univers unique du jeu vidéo "Clair Obscur Expedition 33" a conquis plus d’un million d’adeptes. Un succès mondial, salué par Emmanuel Macron, qui félicite l’équipe derrière le jeu de faire "rayonner l’audace et la créativité à la française". Car oui : Sandfall Interactive est un studio français.
Dans un secteur du jeu vidéo dominé par des mastodontes américains et japonais, sa réussite est importante à souligner. D’autant plus qu’Ubisoft, l’autre grand nom tricolore du secteur, a une tout autre envergure : l’entreprise comptait plus de 20 000 employés en 2022, déployés à travers une vingtaine de studios répartis dans le monde entier, de Singapour à Montréal en passant par Lyon et Stockholm. Sandfall Interactive, fort d’une trentaine de développeurs basés à Montpellier, est loin, bien loin de ces chiffres. Et pourtant, "Clair Obscur Expedition 33" est un coup de maître, aussi bien en termes de succès commercial que critique : le jeu affiche un rarissime 92/100 sur l’agrégateur Metacritics.
"La tradition française des Beaux-arts et de la BD"
Les raisons de ce succès sont multiples. Les critiques pointent les graphismes magnifiquement travaillés, un scénario unanimement encensé, des dialogues ciselés et un gameplay (l'expérience du joueur) particulièrement novateur… Mais aussi, un style français qui distingue le jeu dans un marché encombré. Le terme French touch a commencé à être appliqué aux jeux vidéo tricolores dans les années 1990, rembobine Olivier Mauco, fondateur de l’observatoire européen du jeu vidéo et professeur à l’Université Paris Dauphine.
"Ce sont des jeux avec un focus important sur la narration et sur le visuel, qui s’appuient sur la tradition française des beaux-arts et de la BD". S’y ajoute souvent une composante musicale, avec un soin particulier apporté aux bandes-son et la proximité avec la musique classique. Soit certaines des caractéristiques les plus appréciées de "Clair Obscur Expedition 33". Le choix de situer l’action dans un monde très largement inspiré d’un Paris de la Belle Epoque version postapocalyptique n’est pas non plus un hasard. "C’est une période très fantasmée de l’histoire de France, notamment à l’étranger. C’est malin d’avoir choisi ces années-là", poursuit Olivier Mauco.
Ce style français est-il facile à (re) produire ? Non, à l’instar du french flair au rugby, il se reconnaît instantanément, mais se définit difficilement. "Ubisoft a eu cette patte au début, notamment avec les premiers jeux Rayman", observe l’expert. Mais à mesure que le succès du Français s’est étendu dans le monde, ce géant du secteur s’est mis produit des œuvres plus internationales et interculturelles. Vu le succès des JO "à la française", Paris devrait songer à mettre davantage en avant ses productions vidéoludiques nationales. Elles constituent, elles aussi, un puissant outil de soft power. C’est en grande partie par ce médium que le Japon a conquis l’imaginaire des Européens. Cela n’a d’ailleurs pas échappé à la Chine, qui s’affirme chaque année davantage sur ce marché.
