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Май
2025

Sherlock Holmes, un personnage au potentiel sous-estimé par son créateur

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Malgré ses moments d’abattement, pour ne pas dire d’acédie, Sherlock Holmes ne doutait pas de son talent. Dès le début de sa toute première aventure, Etude en rouge, il formule cette prophétie : "Je sais bien que j’ai en moi de quoi rendre mon nom illustre." La suite lui a donné raison, au grand dam d’Arthur Conan Doyle. On sait que le médecin romancier entretenait des rapports ambivalents avec son personnage. Dès 1891, alors qu’il n’a encore publié que deux romans et six nouvelles avec Holmes comme héros, Conan Doyle écrit à sa mère : "Je songe à tuer Holmes et à lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Il m’empêche de me consacrer à de plus grands projets."

Holmes est immédiatement devenu iconique grâce aux dessins de Sidney Paget illustrant les nouvelles, et à la large diffusion du Strand (vendu à 300 000 exemplaires), où elles paraissent. Conan Doyle se rêve en grand écrivain historique et il préfère de beaucoup ses amples romans Micah Clarke (1889) ou La Compagnie blanche (1891) aux facéties du détective nonchalant du 221B Baker Street. En 1892, bouclant le recueil Les Aventures des Sherlock Holmes, Conan Doyle l’annonce fièrement : "Pendant les vacances, j’ai achevé ma dernière histoire sur Sherlock Holmes. Et maintenant, adieu Sherlock !" L’argent le fait rempiler. En 1893, Conan Doyle se confie à nouveau à sa mère : "Je suis au milieu de ma dernière histoire sur Holmes, après quoi ce monsieur disparaîtra, pour ne plus jamais réapparaître. Son nom m’importune." A la fin de la nouvelle "Le Dernier Problème", Holmes meurt dans les chutes de Reichenbach, au cœur des Alpes suisses, en affrontant le redoutable professeur Moriarty. Le Strand perd 20 000 abonnés.

"Ceci doit cesser"

Avec son recueil paru en 1894, Les Mémoires de Sherlock Holmes, Conan Doyle pense être débarrassé de ce fâcheux individu. Et en 1895, terminant son roman autobiographique, Les Lettres de Stark Munro, il est sûr de lui : "Je pense que c’est de loin l’ouvrage le plus original que j’aie écrit, et je ne serais pas surpris de le voir survivre à tous les autres." Sous la pression populaire, Holmes reprend du service dans le fantastique Chien des Baskerville (1902). En 1903, le magazine américain Collier’s offre un pont d’or à Conan Doyle pour qu’il lui écrive des nouvelles – qui seront rassemblées dans le recueil Le Retour de Sherlock Holmes. Est-ce enfin la quille pour Conan Doyle ?

En 1906, il se réessaie au roman historique avec Sir Nigel, dans lequel il voit son "chef-d’œuvre". Hélas, la critique est mitigée et le livre est un échec. Le pauvre Conan Doyle est condamné à ressusciter régulièrement Sherlock Holmes. En 1924, il fait ce constat amer : "Il me semble que si je ne m’étais jamais lancé dans Holmes, qui a eu tendance à faire de l’ombre à mes œuvres plus hautes, j’occuperais à l’heure actuelle une place plus éminente en littérature." En 1927, dans la préface de l’ultime recueil, Les Archives de Sherlock Holmes, Conan Doyle finit par en sourire : "Je crains que Mr. Sherlock Holmes ne connaisse le destin de l’un de ces ténors qui eurent leur heure de gloire et qui, y ayant survécu, sont encore tentés d’infliger à leur indulgent auditoire leurs saluts réitérés. Ceci doit cesser, et il doit connaître la fin de tout être vivant, réel ou imaginaire." Holmes ne reviendra pas, et Conan Doyle mourra lui-même peu après, en 1930, après quatre décennies d’une relation amour-haine avec son héros.

Quatre romans et 56 nouvelles

Avec de nouvelles traductions qui magnifient l’élégance stylistique et l’humour de Conan Doyle, la Pléiade réunit aujourd’hui l’intégrale de Sherlock Holmes en deux tomes augmentés d’un superbe album illustré (offert par votre libraire pour tout achat de trois volumes de la Pléiade). Le "canon holmésien" (ainsi parlent les puristes) comporte quatre romans (Etude en rouge, Le Signe des quatre, Le Chien des Baskerville et La Vallée de la peur) et 56 nouvelles, parmi lesquelles des merveilles comme "Un scandale en Bohème". Chacun aura sa préférence.

A titre personnel, on conseille "L’Aristocrate célibataire" (très Wodehouse), mais rappelons que Conan Doyle, pour sa part, aimait particulièrement "Le Ruban moucheté". On invite tous ceux qui n’ont pas relu les aventures de Holmes depuis l’adolescence à y replonger toute affaire cessante. Il ne s’agit pas là de simples enquêtes policières bien ficelées. Holmes est un personnage exceptionnel par son élégance, son flegme et son sens de la repartie – notamment quand il se moque de Lestrade et autres laborieux pontes de Scotland Yard. Quel homme atypique que ce détective en robe de chambre, brillant violoniste et sujet au spleen, qui peut s’effondrer des heures dans son sofa et est contraint de prendre de la cocaïne trois fois par jour pour stimuler son esprit quand il n’est pas mobilisé par une énigme digne de ce nom…

La postérité a tranché

Comment Conan Doyle a-t-il pu mésestimer à ce point cet excentrique anglais né de son imagination ? Il est vrai que sa biographie est riche d’autres faits saillants. Il aurait pu se contenter d’être un brillant docteur. En 1899, déjà célèbre, il participe à la guerre des Boers – admirateur de Tacite, il en tirera d’ailleurs un récit, La Grande Guerre des Boers, qui se vendra à 30 000 exemplaires. Tenté par la politique, il essaie deux fois de se faire élire à la Chambre des communes (en 1900 et en 1906), sans succès. Anobli par Edouard VII, clubman (il est membre du Royal Automobile Club), ami des meilleurs écrivains de son temps (James Matthew Barrie, Bram Stoker ou Robert Louis Stevenson), il n’en est pas moins touché par certaines causes et, tel Voltaire avec Calas et Sirven, il défend ardemment l’innocence de deux accusés, George Edalji et Oscar Slater. Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement en faveur du spiritisme, qui lui vaudra d’aller donner des conférences à travers le monde, très loin du fog londonien. Quelle place y avait-il pour Holmes, au milieu de tout cela ?

La postérité a tranché : on a oublié Les Lettres de Stark Munro et Sir Nigel, alors que l’atmosphère lugubre du Chien des Baskerville imprègne encore l’inconscient collectif. L’héritage holmésien est riche, d’Hergé à Floc’h et Rivière. Quant au cinéma, de Billy Wilder (La Vie secrète de Sherlock Holmes en 1970) à Guy Ritchie (deux films en 2009 et 2011), on ne compte plus le nombre d’adaptations. Citons aussi les séries, dont Sherlock avec Benedict Cumberbatch, ou Elementary, où Watson devient une femme, en l’occurrence Lucy Liu. C’est bizarrement Michel Houellebecq qui a rendu l’un des plus beaux hommages récents à Conan Doyle et à Holmes. Dans son roman Anéantir (2022), le personnage principal Paul Raison, soigné pour un cancer, trouve le réconfort en redécouvrant le détective : "Après la lecture des deux volumes complets de Sherlock Holmes, il se sentait plein d’une affectueuse reconnaissance envers Arthur Conan Doyle, qui lui avait permis pendant une dizaine de jours d’oublier réellement sa perfusion, son cancer et tout le reste."

Au fond, ce n’est pas un hasard si Conan Doyle était médecin : son œuvre anesthésie vos soucis et vous fait planer plus assurément que la morphine – on peut s’y mettre même sans être gravement malade. Dans Etude en rouge, s’étonnant que la presse s’enthousiasme pour les ânes bâtés de Scotland Yard, Sherlock Holmes cite Boileau en français dans le texte : "Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire." Souhaitons à ce gentleman de génie qu’il y ait encore longtemps des lecteurs assez fins pour l’apprécier à sa juste valeur.

Sherlock Holmes par Arthur Conan Doyle. La Pléiade/Gallimard. Tome 1 : 1 248 p., 62 €. Tome 2 : 1 184 p., 62 €. Coffret deux volumes : 124 €.




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