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Май
2025

Dans le secret du conclave sur les retraites : marchandages, casse-tête financier et premières pistes

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Bientôt trois mois et toujours aucune fumée blanche ne s’est échappée de l’immeuble de l’avenue de Ségur qui abrite le conclave sur les retraites. Les conciliabules qui s’y tiennent sont pourtant plus prosaïques que ceux qui ont réveillé la chapelle Sixtine. Le 17 janvier dernier, François Bayrou abattait une carte joker pour amadouer le Parti socialiste, éviter la censure et doter enfin la France d’un budget pour l’année 2025. Refiler la patate chaude des retraites aux partenaires sociaux sous couvert de faire revivre le paritarisme, gage de bon sens et de concorde. Voilà le plan. A eux d’amender la loi Borne votée en 2023 et dont l’article principal – le recul progressif de l’âge légal de départ en retraite de 62 à 64 ans - a tant fracturé la société française. Mais sans grever davantage les comptes. Habile manœuvre du Béarnais qui gagnait par là quelques mois de vie supplémentaires à Matignon.

Depuis, le conclave a été sobrement rebaptisé "délégation paritaire permanente". Et à l’exception de quelques portes claquées au début des discussions, les participants se sont faits plutôt discrets. "On bosse loin de la bordélisation de l’Assemblée nationale", raconte l’un d’entre eux. Ordre du jour fixé à l’avance. Rituel immuable. Chaque jeudi de 14 heures à 17 heures. Sauf le 8 mai ; les négociateurs se sont accordé une pause. "Mais on ne sera pas prêt à l’heure", souffle un autre. L’heure ? La fin du mois de mai, date à laquelle ils devaient théoriquement remettre leur copie. Rien avant le début de l’été, dans le meilleur des cas. Peu importent ces quelques semaines supplémentaires s’ils trouvent le cocktail miracle pour apaiser les esprits et surtout assurer l’équilibre financier du régime général.

Mais voilà, derrière le ronron des discussions, l’atterrissage paraît de plus en plus risqué… Et surtout décevant. "Ce conclave n’est qu’une manœuvre politicienne avec des acteurs consentants qui n’arriveront à rien", tacle, définitif, Antoine Foucher, le président du cabinet Quintet et ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud entre 2017 et 2020. Ceux qui ont déserté la table des négociations ne sont pas plus tendres. "Le pays crève de ce genre de manipulation. Il n’en sortira rien, les solutions, on les connaît déjà", tonne Michel Picon, le président de l’U2P, le syndicat des petites entreprises et des artisans. FO, qui a plié bagage dès la première semaine, reste braqué sur le totem des 64 ans quand la CGT de Sophie Binet a décidé d’enjamber le conclave pour exiger désormais un référendum sur la question.

"C'est du 50-50"

Ceux qui sont restés dans le jeu – le Medef et la CPME côté patronat ; la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC côté syndicats de salariés – veulent encore y croire. "C’est du 50-50", souffle Eric Chevée, le négociateur de la CPME. "On n’est pas encore entré dans le dur des négociations mais il va bien falloir faire bouger des curseurs", plaide Fabien Guimbretière, l’un des représentants de la CFDT.

En maître des horloges, Jean-Jacques Marette les a prévenus : à compter du 22 mai, des propositions devront émerger. Un texte très politique, mouillé d’eau tiède et sans réponses concrètes, les décrédibiliserait à coup sûr alors qu’ils ne cessent de vanter les vertus du paritarisme. Or il faudra s’entendre sur les milliards à trouver, et sur les lignes à faire bouger pour corriger les manquements de la réforme Borne. Ce dernier objectif est sans doute le plus facile à atteindre. Concernant l’emploi des seniors, un accord national interprofessionnel a été signé par les partenaires sociaux en novembre dernier, avec à la clé la création d’un nouveau type de CDI et des facilités d’aménagements de fin de carrière. Le sujet est de taille : plus de séniors en emploi, c’est plus de cotisations versées et moins de pensions distribuées. Mais encore faut-il que cet accord soit retranscrit dans le droit : le projet de loi vient tout juste d’être rédigé par l’exécutif…

Sur l’épineux sujet de l’usure et de la pénibilité, les discussions sont plus tendues, mais des améliorations pourraient là aussi être trouvées. D’autant que les partenaires sociaux s’accordent pour dénoncer un dispositif "carrière longue" coûteux et mal ciblé. Enfin, le dossier des inégalités de pensions entre les hommes et les femmes, dont la CFDT a fait une de ses priorités, pourrait également aboutir. Les détracteurs de la réforme Borne soulignent que le recul de l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans pénalise les femmes puisque la mesure conduit mécaniquement à "gommer" le gain des trimestres supplémentaires accordés pour cause de maternité. La CFE-CGC a ainsi imaginé un système où les fameux trimestres accordés pour chaque enfant pourraient être utilisés sous forme de surcote à la pension. "Une proposition qui se regarde", confirme Eric Chevée, le négociateur de la CPME.

Reste que ces rafistolages de tuyauterie pourraient coûter très vite quelques dizaines voire centaines de millions d’euros. Or il faudra aussi que le conclave trouve le cocktail idéal pour remettre les comptes à l’équilibre d’ici à 2030. Lors de la première séance de discussion, les experts de la Cour des comptes ont dressé un état des lieux alarmant de la situation. En dépit de la réforme votée en 2023, il devrait encore manquer 6,5 milliards d’euros dès cette année. Un déficit qui se creuserait à 15 milliards chaque année à partir de 2035 ; 30 milliards en 2045.

"Un psychodrame politique permanent"

Où trouver l’argent ? La partition évidemment la plus difficile. Même si les participants encore autour de la table se sont mis d’accord sur un principe d’efforts partagés, la notion est à géométrie variable. Pas question pour le patronat de voir les cotisations sociales s’alourdir encore au risque de voir leur compétitivité érodée. D’où la volonté du Medef d’englober le sujet du financement de la retraite dans une vaste réflexion sur le financement de la protection sociale dans son ensemble. Cesser de faire porter sur le travail et donc sur les salaires la survie de tout l’État providence. Derrière cette requête, c’est le retour de la TVA sociale, imaginée par Nicolas Sarkozy, puis abrogée par François Hollande, qui refait surface : flécher une partie des recettes de TVA vers la retraite. Autre idée sur la table : abaisser les cotisations familiales payées uniquement par les employeurs pour accroître un peu celles sur les retraites tout en s’assurant qu’au total les charges versées par les entreprises soient stables. Après tout, la branche famille de la Sécurité sociale est la seule à afficher un excédent. Enfin, si l’idée de faire davantage contribuer les retraités actuels fait bondir une grande partie des parlementaires peu enclins à brusquer leurs électeurs, les partenaires sociaux encore présents rue de Ségur n’y sont pas opposés. Avec à la clé une sous-indexation des pensions supérieures au salaire médian. Ou, comme le suggère la CPME, un alignement du taux de CSG payés par les retraités sur celui des actifs pour les pensions supérieures à 2500 euros. "En jouant sur ce critère, on peut gagner près de 5 milliards d’euros chaque année", a calculé Eric Chevée.

A condition que les comptes du régime soient remis au carré, les partenaires sociaux seraient même prêts à en assurer la gouvernance. C’est la surprise du conclave. "On a fait la preuve avec le régime de retraite complémentaire de notre capacité à avoir une gestion responsable", plaide Fabien Guimbretière. L’Agirc-Arrco c’est 1,6 milliard d’excédents l’an passé, des réserves qui grimpent à 85 milliards, et une règle d’or qui force les gestionnaires du système à prendre des mesures difficiles quand les comptes s’éloignent de la cible. "Le but de ce pilotage automatique, c’est de ne plus faire des retraites un psychodrame politique permanent", plaide le négociateur de la CFDT. Copiant la méthode suédoise, certains rêvent même de faire varier automatiquement l’âge de départ à la retraite en fonction de l’évolution de l’espérance de vie.

Demeure une question existentielle pour tous ceux qui sont restés autour de la table. S’ils parviennent à s’entendre sur un texte, quel sera son avenir politique ? "FO et la CGT, qui ont quitté les négociations très tôt, pourraient très bien s’y opposer en pesant de tout leur poids à l‘Assemblée nationale pour que les propositions soient détricotées", redoute Pascale Coton de la CFTC. Tout ça pour ça ? Avec le risque qu’à la fin de l’été, le conclave trouve une place de choix dans le cimetière des barnums inutiles.




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