Danemark, Autriche, Italie… Quels sont les seuils de départs à la retraite en Europe ?
La réforme est passée sans forte opposition : au Danemark, une loi relevant l’âge de la retraite à 70 ans à partir de 2040, contre 67 ans actuellement, a été adoptée jeudi 22 mai par le Parlement danois. Un seuil symbolique, puisqu’il constituera le seuil légal le plus élevé d’Europe. Selon le journal national Folketing, 81 députés ont voté pour, et 21 contre.
Cette actualité ne bouleverse pas les Danois, et pour cause : dans ce pays du nord, depuis 2006, l’âge légal de départ à la retraite est indexé sur l’espérance de vie, et donc révisé tous les cinq ans. Ils savent déjà que ce seuil passera à 68 ans en 2030, et à 69 ans en 2035. En se projetant dans 15 ans, cette nouvelle loi fixe à 70 ans l’âge de la retraite pour tous ceux nés après le 31 décembre 1970, autrement dit toutes les personnes qui auront 69 ans en 2040 et après.
Une manière de calculer l’âge de la retraite bien spécifique, qui pourrait bientôt être abandonnée par le Danemark : l’été dernier, la cheffe du gouvernement, la sociale-démocrate Mette Frederiksen, s’était dite prête à revoir le système, une fois que l’âge de départ aurait atteint 70 ans. Un débat plus animé pourrait venir alors. Car partout en Europe, et en France plus qu’ailleurs, la stratégie de calcul de l’âge à la retraite déchire les parlements et les populations. Âge légal, années de cotisation, différence de genre… A quel âge, et selon quel système les seuils de départs sont-ils fixés en Europe ?
L’âge légal grimpe à 67 ans partout en Europe
Une constante semble réunir de nombreux membres de l’Union européenne : de plus en plus de pays prennent en compte dans leur système de calcul l’impact de la démographie sur leur économie. Selon l’OCDE, cela se traduit par une accélération des réformes ces dernières années : les pays ont tendance à retarder l’âge de départ et à se rapprocher de la moyenne européenne de 67 ans.
C’est le cas de l’Espagne, ou les âges de départ et les planchers de cotisation augmentent peu à peu depuis 2013. Avec l’essentiel de la réforme désormais mis en place, l’âge légal de départ à la retraite est désormais fixé à 67 ans, ou 65 ans avec 38 annuités et demie pour pouvoir partir avec un taux plein.
Idem en Allemagne, où le départ était jusqu’ici possible à 65 ans. A partir de 2029, l’âge légal sera fixé à 67 ans pour les générations nées après 1964. Il faudra avoir cotisé 45 années pour partir avec un taux plein.
Ailleurs le seuil continue aussi de grimper progressivement. En Belgique, il faut actuellement 180 trimestres, c’est-à-dire au moins 45 ans de cotisation pour pouvoir partir à la retraite à partir de 65 ans. Mais ce seuil a vocation à être relevé à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030. Les départs anticipés resteront possibles dans certains cas lorsque les durées de cotisation minimum ont été atteintes. Au Royaume-Uni aussi, le seuil fixé à 66 ans actuellement passera à 67 ans avant 2028.
La France et l’Italie résistent encore
Ailleurs en Europe, la hausse de l’âge de départ à la retraite passe beaucoup moins bien auprès des contribuables. En théorie, l’Italie a elle aussi soulevé à 67 ans son seuil de départ, avec la réforme Fornero en 2018. Celle-ci a été très mal accueillie, et a coûté la victoire au gouvernement de gauche lors des législatives. Un délai de trois ans a été accordé par le gouvernement Conte lors de son arrivée au pouvoir, permettant le départ anticipé à 62 ans à toutes les personnes ayant cotisé au moins 38 ans. L’opportunité a été saisie par plus d’un demi-million d’Italiens.
Après des soulèvements sociaux d’ampleur, le gouvernement d’Emmanuel Macron a quant à lui fini, avec la réforme de 2023, par imposer un nouvel âge légal de départ à la retraite à 64 ans, contre 62 ans et 9 mois actuellement. Dans les faits, l’âge moyen de départ se situe en moyenne à 63 ans et demi en 2024 pour les salariés du privé, selon un chiffre provisoire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. Mais il devrait atteindre progressivement 64 ans d’ici 2030.
Une tendance à l’harmonisation entre les sexes
Un autre groupe de pays opère selon un mode de calcul différent : en Bulgarie, en Autriche, en Suisse, en Serbie, en République tchèque, en Pologne, en Croatie ou encore en Lituanie, le système prend en compte le genre dans le calcul de l’âge légal de fin de carrière. Dans tous ces pays du continent, les femmes bénéficient d’un départ précoce par rapport aux hommes.
En Autriche par exemple le seuil est fixé à 65 ans pour les hommes, et à 60 ans pour les femmes. Une réforme travaille néanmoins actuellement à une augmentation progressive de 6 mois par an pour les femmes, pour atteindre 65 ans en 2033. Dans presque tous ces pays, une réforme est à l’œuvre pour harmoniser progressivement l’âge de départ entre femmes et hommes.
