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Май
2025

"Si c’est Jordan Bardella, je n’y arriverai pas…" : au RN, le crépuscule des fidèles de Marine Le Pen

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"C’est quoi ce délire ?" Plusieurs frontistes tombent de leur chaise, ce lundi 12 mai. Sous leurs yeux : les agendas respectifs de Jordan Bardella et Marine Le Pen pour la semaine à venir. Le premier sera, successivement, l’invité de la matinale de TF1, du 20 Heures de France 2, et en déplacement en Saône-et-Loire pour soutenir le candidat du Rassemblement national (RN) à l’élection législative partielle. La seconde, quant à elle, sera l’invitée… d’i24News, trois jours plus tard, à 19h30. Les noms des deux leaders auraient-ils été inversés par mégarde ? Au parti, on tique sévèrement. Que signifie ce renversement ? Il est vrai qu’un drôle de parfum flotte dans l’air depuis quelque temps. Comme un effluve de fin de règne. Depuis le jugement du procès de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires qui a condamné la candidate d’extrême droite à l’inéligibilité, on sent le vent tourner. Officiellement, rien n’a changé. Et pourtant, tout est différent.

Ce même lundi 12 mai, Neuilly-sur-Seine, dans les locaux de la chaîne M6. Karine Lemarchand donne une conférence de presse pour présenter le nouveau volet de son émission Une ambition intime, qui sera diffusée le dimanche 1er juin. Y ont participé, cette fois : Sandrine Rousseau, Fabien Roussel, Gérald Darmanin et Jordan Bardella. Tous sont venus assurer le service après-vente auprès des médias – l’équipe de l’élu RN a bien précisé qu’il ne répondrait à aucune question politique –, ce dernier est donc comme un poisson dans l’eau. "Jordan Bardella nous paraissait incontournable pour présenter la relève politique", introduit Karine Lemarchand. La relève ? La question fait jaser par-delà le RN. Le jeune homme de 29 ans sera-t-il celui qui succédera à Marine Le Pen comme candidat à l’élection présidentielle ? Alors que le procès en appel de cette dernière doit avoir lieu à l’été 2026, assiste-t-on au crépuscule de l’ère Le Pen ?

L’interrogation tourne en boucle dans la tête des gradés du parti. Des proches de Marine Le Pen, en particulier. Car tous le savent, au RN, plus encore qu’ailleurs, il n’existe pas de succession sans dommage collatéral. Et l’histoire a montré que les fidèles du chef démissionnaire font bien souvent partie du convoi de départ.

Chapitre I : Le grand déclassement

"Qu’est-ce qu’on va devenir ? Si c’est lui, je n’y arriverai pas…" L’échange a lieu au Palais-Bourbon, entre deux députés du RN. Les conciliabules sont informels mais réguliers. L’élection présidentielle a beau se tenir dans deux ans, jamais elle n’a paru si imminente. La situation inédite rebat toutes les cartes et il est déjà temps pour les troupes de Marine Le Pen de se positionner, au risque d’être déclassées. "C’est sûr que pour les marinistes, la période est compliquée, admet un cadre. Pour certains, une campagne Bardella n’est même pas envisageable. Plusieurs refusaient même qu’on évoque publiquement cette possibilité." Retournement de situation. Plusieurs barons, qui avaient laborieusement gravi les échelons au fil des ans, sentent aujourd’hui qu’ils sont assis sur un siège éjectable. Le clan des "nordistes", par exemple. Ces fidèles d’Hénin Beaumont, qui ont insufflé à Marine Le Pen sa doctrine sociale, celle-là même que Jordan Bardella ne partage pas particulièrement. Récemment, une rumeur a circulé : le président du parti pourrait, en cas de dissolution, se présenter aux législatives dans une circonscription du Nord. Il l’a lui-même balayée dans la foulée. "Tous les mecs, en off, qui disent que je serai candidat dans le Pas-de-Calais, c’est n’importe quoi, confie-t-il en privé. On ne parle pas à ma place. A l’heure actuelle, s’il y a dissolution, il n’est pas question du Pas-de-Calais, mais plutôt du Sud." Entre le dauphin et le Nord, on ne peut pas vraiment parler d’histoire d’amour. Tout comme avec ses élus. Peu de temps avant son élection à la tête du parti, Jordan Bardella avait d’ailleurs promis à Steeve Briois, fidèle mariniste et maire d’Hénin Beaumont – avec qui il était alors en conflit – de "rouler en char Leclerc sur [s]a mairie de m…". L’échange d’amabilités n’a jamais été suivi d’une réconciliation.

L’édile n’est pas le seul à craindre pour sa position. A l’Assemblée, des cadres de poids redoutent de perdre en influence en cas de changement de chef. Et chacun y va de sa conjecture : "Renaud Labaye – le bras droit de Marine Le Pen au Palais Bourbon – sait qu’il est sur la sellette si ce n’est pas elle. Il est très mal…", avance un élu. Sébastien Chenu, médiatique député du Nord, serait lui aussi dans le viseur. Jordan Bardella avait peu goûté la façon dont le député avait ironisé à propos de son ouvrage (Ce que je cherche, Fayard) auprès de l’animateur Pascal Praud au détour d’une émission sur CNews, et lui avait fait savoir en le recadrant ouvertement au cours d’une réunion du groupe à l’Assemblée, l’interpellant d’un sonore : "La prochaine fois, tu dégages !"

On a connu climat plus apaisé chez les frontistes… L’anonymat facilitant le verbe, les mesquineries fleurissent dans la presse ces derniers temps au sujet de l’héritier potentiel. "Il n’est pas prêt" ; "Il n’a pas d’équipe" ; "Il n’a pas d’ancrage territorial" ; "C’est un homme du Parlement européen, il est hors sol"… Le clan Bardella, de son côté, se félicite de "ne pas répondre à ces provocations". Ce qui n’empêche pas ses lieutenants de faire passer le message : "J’ai dîné avec lui il y a peu, et ça commence sérieusement à l’agacer, prévient l’un d’eux. Si ça continue, il ne va pas hésiter à sévir, et rapidement. Tout le monde se souvient de comment ça s’est passé avec Chenu."

Chapitre II : La résistance s’organise (mollement)

Le mariniste est une espèce tenace. La preuve, ce 16 mai, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Les Horaces sont très fiers. A grand renfort de présentations PowerPoint et de rétroprojecteur, ils exposent pour la première fois leur site Internet. Les Horaces, ce sont ces conseillers, plus ou moins secrets, entourant Marine Le Pen : hauts fonctionnaires, juristes, entrepreneurs qui travaillent dans l’ombre depuis une dizaine d’années pour nourrir le programme de la candidate frontiste. Ils ont subitement décidé de sortir du bois. "Nous proposons des solutions 'out of the box', que vous pourrez retrouver sur notre site web, n’oubliez pas le tiret du 6 dans l’adresse Web", préconise André Rougé, eurodéputé RN et chef de file du cercle de réflexion. Façon, sans doute, de se rappeler au bon souvenir de la patronne et de son successeur potentiel. Moyen, surtout, de tenter de survivre au changement de la tête d’affiche du parti d’extrême droite. "Pour l’instant, la candidate de notre parti, c’est Marine Le Pen, les habitudes ont la vie dure, précise André Rougé. Et nous savons que tant que le coup de sifflet n’a pas retenti, il faut continuer de jouer." Précision qui ne mange pas de pain : "Même si, bien sûr, Marine Le Pen, c’est Jordan Bardella, et Jordan Bardella, c’est Marine Le Pen."

La triple candidate à la présidentielle ne nie pas. Si elle a adoubé son dauphin à plusieurs reprises, elle précise à toutes fins utiles qu’elle "reste combative". Elle poursuit d’ailleurs, discrètement, ses déplacements sur le terrain. Ici dans son fief nordiste, là dans la fédération RN de l’Oise… Mais sans en informer la presse. "Marine a un contact direct avec ses militants et ses électeurs, elle n’a pas besoin de la présence de la presse", assure un ami. Contrairement à… ? "Arrêtez de voir une opposition perpétuelle, ils seront bien ensemble pour le meeting du 9 juin qui célébrera la victoire du parti aux élections européennes." En attendant, Marine Le Pen s’envolera, le 28 mai pour la Nouvelle-Calédonie, et Jordan Bardella, le 22 mai, pour Athènes, afin d’assister aux journées d’études de son groupe au Parlement européen "Patriotes pour l’Europe". Choisir son camp, mais subtilement. De loin, on discerne grossièrement les troupes. Plus marinistes à l’Assemblée, plus bardellistes au parti. Plus impénétrable, là-bas, aussi.

Chapitre III : Mieux vaut prévenir

"Entre l’appareil et l’Assemblée, c’est totalement opaque, commente un résident du Palais Bourbon. En fait, on ne sait pas vraiment qui sont les proches de Jordan, qui le conseille, qui compose vraiment son équipe." Et la question a toute son importance, dans la mesure où cette sphère inconnue pourrait devenir l’équipe de campagne du candidat frontiste dans quelques mois. Une unique certitude circule dans les rangs, celle "que Jordan ne reprendra pas l’équipe de Marine." L’eurodéputé, dont les troupes se comptent encore sur les doigts d’une main, a d’ailleurs débuté sa tournée de consultation. A l’Assemblée, il voit les uns et les autres pour s’assurer d’un potentiel soutien dans les mois à venir. Car voyez-vous, s’il assure le contraire matin, midi et soir (le mercredi 21 mai, encore, au micro de France inter), une présidentielle, ça se prépare.

Jordan Bardella, en privé, l’admet évidemment : "Bien sûr qu’on pense à tout, qu’on réfléchit à tout, qu’est-ce que vous croyez ?" "Pour préparer une campagne, il faut au moins deux ans, assure un fidèle. On a déjà commencé à reprendre ce qui marchait avec Marine en 2022, les selfies, les déplacements. Et ce qui est sûr, c’est que le modèle 2027 sera adaptable selon le candidat." De quoi faire sortir les marinistes de leurs gonds. "Je ne pensais pas Jordan assez bête pour mordre la main qui le nourrit, mais peut-être que l’appât du gain est trop gros", feint de s’interroger l’un d’entre eux. Certains, toutefois, commencent à soudainement trouver l’héritier sympathique, et voient bien l’intérêt d’un retournement de veste. "On sent le phénomène de cour s’accentuer, s’agace un élu. Des marinistes historiques commencent à faire des courbettes dans l’espoir d’être repêchés…" Les plus proches de la patronne préviennent : "Marine Le Pen est très lucide sur la nature humaine, les déceptions et les trahisons. Quand vous êtes rompus comme elle à la politique, vous arrivez à détecter chez les personnes qui vous entourent leurs points forts et leurs points faibles. Et elle ne se laissera pas effacer comme ça."

Chapitre IV : Elle court, elle court, la rumeur

Le feuilleton passionne. Au-delà même du parti et de ses représentants. Retour à l’Assemblée, du côté de l’Union des droites pour la République (UDR), cette fois. Le parti d’Eric Ciotti, désormais allié au RN, tient sa réunion hebdomadaire et ne rechigne pas à l’évocation de quelques ragots. Un député se lance : "Vous avez entendu, vous aussi, que Jordan Bardella se découragerait finalement ?" Un autre rebondit : "Toutes les élections présidentielles ont leur guerre interne, il fallait bien que la leur arrive un jour." Les rumeurs sont filantes, souvent invérifiables, et circulent abondamment.

A droite, la page Le Pen est quasiment tournée, et l’on s’en réjouit. "J’ai la conviction que Bardella fera un moins bon score, s’avance un député LR (malgré les récents sondages qui indiquent une quasi-équivalence de score entre les deux candidatures frontistes). Il ouvre un espace de premier comme de second tour." Il en va de même chez les macronistes, pour qui la bataille de succession est un sujet de commérage. "Considérant qu’elle ne pourrait pas être candidate, Marine Le Pen pourrait aller au KO total, pronostique un ancien ministre. Quitte à savonner la planche de Bardella. J’ai du mal à penser que, spontanément, elle ait envie de lui laisser la place." Là-bas, il est de bon ton de dénigrer le potentiel héritier, "creux", "trop jeune", "loin d’être mûr", et de bon goût de supputer sur les pensées de la patronne. Un proche d’Emmanuel Macron le jure toutefois : "Marine Le Pen sait que Jordan Bardella n’est pas prêt du tout." Un autre abonde : "Il paraît qu’il y a de l’eau dans le gaz entre les deux…"

Parler des frontistes, c’est encore eux qui le font le mieux. "Jusqu’alors, notre force avait été de réussir à mettre au premier plan deux personnalités qui n’étaient pas en concurrence, c’est terminé", déplore l’un d’eux. Les plus anciens se rappellent 1998. Une guerre des chefs, opposant Bruno Mégret à Jean-Marie Le Pen, avait déjà déchiré le parti d’extrême droite. "Je n’abandonnerai pas le navire à une poignée de lieutenants et de quartiers maîtres félons", tonnait alors le président du Front national. Marine Le Pen, officiellement, a choisi une tout autre voie. "S’en prendre à Jordan, c’est s’en prendre à moi", aurait-elle prévenu ses fidèles. Douze mois la séparent encore de son procès en appel, qui déterminera enfin son avenir politique. D’ici là, le statu quo est érigé en règle. C’est long, un an.




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