Добавить новость
ru24.net
World News
Май
2025

"L'élan du oui est brisé" : il y a 20 ans, les Français disaient non au référendum sur la Constitution européenne

0

Parmi les observateurs de la campagne et les nombreuses personnalités politiques interrogées par la rédaction à 10 semaines du vote, un homme s’inquiète. Le chef de l’UDF, dont les propres troupes manquent parfois d’enthousiasme, "milite pour le oui, mais pronostique la victoire du non…". Le constat de François Bayrou est sans appel : "Le référendum est une course de haies et l’élan du oui est brisé". Au soir du 29 mai, les chiffres lui donnent raison. Le non l’emporte largement avec plus de 54 % des suffrages.

Dans L’Express du 21 mars 2005

Pourquoi le non peut gagner

C’est un universitaire de droite, sociologue et europhile, qui n’en démord pas. C’est le PDG de la filiale française d’un grand groupe automobile américain qui l’avoue. C’est le patron d’un grand service public qui l’assume. C’est un économiste proche du PS qui s’en est convaincu. C’est le chroniqueur économique très libéral d’une télévision privée qui le confie. Pour eux, le 29 mai, c’est non. C’est aussi un député européen UDF qui s’arrête de justesse au "oui sans enthousiasme", dénonçant une "Europe sans forme et sans objet". C’est son chef de parti, François Bayrou, qui milite pour le oui, mais pronostique la victoire du non…

Depuis le début de 2005, au coeur du "cercle de la raison", parmi ces élites qui devraient voter oui sans hésiter et vanter le traité, la critique, voire le rejet, de la Constitution européenne gagne des points. Si un "oui, malgré tout" conclut encore nombre de réquisitoires, contre l’Europe telle qu’elle est pilotée et sa Constitution telle qu’elle est rédigée, le "non, pourquoi pas ?" progresse. Au sein de l’opinion, il en est de même et les sondages consacrent l’érosion rapide du oui au référendum : 56 % pour BVA et Sofres, contre 65 % à la fin de l’année. Le non l’emporte même, à 51 %, dans un sondage CSA publié par Le Parisien, le 18 mars. A dix semaines du scrutin, alors que la campagne pro-traité, au PS et à l’UMP, embraie à peine, les jeux ne sont pas faits. Mais, alors que les chances du non semblaient hypothéquées après le choix clair, le 1er décembre 2004, des militants du PS (59 % pour le oui), elles sont revigorées en ce début de printemps.

L'Express du 21 mars 2005.

Nourri de mauvaises nouvelles sociales et économiques, d’amalgames avec des enjeux de politique intérieure, mais aussi de réflexions sur le traité constitutionnel, le non enfle et peut donc aujourd’hui espérer la victoire. "Même comme hypothèse d’école, je refuse de l’envisager", expliquait Jean-Claude Trichet, patron de la Banque centrale européenne, devant le Cercle des Européens de Noëlle Lenoir, le 14 février. Désormais, pour tous les spécialistes de l’Union, le rejet de la Constitution par les Français est une hypothèse de travail. "Ce soir, j’ai 300 couverts en Maine-et-Loire et 500 inscrits au dîner", se réjouissait Philippe de Villiers le 17 mars. "Le référendum est une course de haies et l’élan du oui est brisé", s’inquiète Bayrou.

Si le non progresse, c’est d’abord, il est vrai, parce qu’il est plus aisé de faire campagne contre la Constitution que d’en expliquer les attraits. "Il est facile d’énerver les gens, complexe de les persuader", explique le socialiste Jean-Marc Ayrault, défenseur du traité. Le non est servi par la réalité, le oui exige la réflexion ; le non se nourrit de la colère, le oui de la raison ; on accède au non de plain-pied et au oui par un colimaçon intellectuel. "Au moment de Maastricht, renchérit Villiers, le non courait après le oui, qui caracolait sur du concret : la monnaie unique. Cette fois, le concret est avec le non et le oui "fétiche", abstrait, est à la traîne. Dès que les Français recevront la Constitution, je martèlerai en meeting : "Ouvrez-la, lisez-la, et si vous comprenez quelque chose, votez oui ! ?"

Le non progresse aussi, depuis quelques semaines, parce que la stratégie initiale du oui s’épuise. L’artillerie de la culpabilisation n’a pas atteint son but : convaincre que voter non, c’était voter contre la paix, garantie depuis soixante ans par l’Europe. L’incantation positive, glorifiant la marche en avant de l’Union comme un mouvement perpétuel sacré, a fait également long feu : "Il faudrait continuer à pédaler juste pour que le vélo ne tombe pas", résume l’économiste Jean-Marc Daniel. Or c’est la destination de la bicyclette qui préoccupe.

Enfin, c’est l’imprécation, la promesse d’une malédiction pour la France si elle vote non, qui a perdu de son efficacité ces derniers temps. "La France a fait partie des premiers fondateurs de l’Europe, elle ne peut être parmi les premiers destructeurs", s’alarme Jean-Pierre Raffarin. Certes, rejeter le traité plongerait l’Europe dans une crise, mais pas dans le chaos. Quand Jack Lang affirme qu'"il n’y a pas de plan B", ses adversaires brandissent le traité de Nice, décrié par ceux-là mêmes qui l’ont signé et proclament aujourd’hui l’urgence de le remplacer par la Constitution ; il s’appliquera jusqu’en 2009 quoi qu’il arrive, ce qui laisse du temps, si le non l’emporte, pour proposer autre chose. Et d’ailleurs, l’Europe, dans le passé, a su surmonter bien des crises. "Le chaos ? Dans les bistrots, on me dit : "Ma belle-soeur est délocalisée et mon fils chômeur : le chaos, on l’a déjà", insiste Villiers.

Lentement, le non a réussi à paraître comme l’occasion de remettre l’Union sur la bonne voie, en tout cas sur une autre voie, comme un vote pour une autre Europe et non contre l’Europe. Ce dont Laurent Fabius n’a pas réussi à convaincre le PS et que Jean-Pierre Chevènement, dans Pour l’Europe, votez non ! (Fayard), appelle "révolution copernicienne". "Le premier qui rejette la Constitution prend la main pour proposer autre chose, ose même Villiers. Ne laissons pas cette chance aux Anglais." Contrairement au référendum sur Maastricht, en 1992, le non, en 2005, s’affiche plus "euro-alternatif" que souverainiste.

S’il n’avance que grâce aux erreurs de ses adversaires, son avantage ne sera qu’un trompe-l’oeil, qui résistera difficilement jusqu’au 29 mai. Mais le non n’est pas une locomotive sans charbon : des raisons objectives étaient le choix des Français qui rejettent le traité. D’abord, des raisons européennes. "C’est un traité politique", s’enflamme Jean-Marc Ayrault, face à la litanie négative des arguments purement sociaux, appuyés sur sa troisième partie. Mais, puisque l’on renégocie le pacte de stabilité et que l’on s’interroge sur la "gouvernance économique" de l’Europe, Jean-Paul Fitoussi s’étonne, dans La Politique de l’impuissance (Arléa), de la présence de cette partie dans le traité : "Pourquoi, alors que les arrangements économiques actuels ne reçoivent vraiment la pleine adhésion que d’une minorité de gouvernements, les élever à la dignité de Constitution ? N’aurait-on pas pu, au moins, éviter de leur conférer le caractère de loi fondamentale ?"

"En 1992, le non à la monnaie unique s'était livré au même grignotage du oui qu'aujourd'hui."

En effet, si la Constitution ne change pas la nature de ces politiques, en place depuis des années, elle en modifie le statut, les sacralise, alors même qu’elles sont en échec. Comme si l’impuissance des gouvernements face à la Banque centrale et l’incapacité à réagir face aux conséquences de la baisse du dollar ou au chômage endémique devenaient constitutionnelles. L’épisode de la directive Bolkestein a renforcé cet argument. "Ce sera une vraie révolution, la fin des tracasseries administratives en Europe", s’était réjouie la ministre française des Affaires européennes en mars 2004, lors de l’adoption de cette mesure sur la concurrence dans les services, aujourd’hui mise au pilori par le camp du oui, Chirac en tête, sans mesurer qu’en faisant de l’Europe un bouc émissaire ils jouent contre leur camp.

"Les trois quarts des personnes qui vont voter non n’ont pas lu le traité"

Trop souvent les autorités françaises ont dénoncé la bureaucratie bruxelloise pour ne pas avoir semé ainsi les germes du non. "Commissaire en 2004, il soutenait cette directive ; ministre aujourd’hui, il la dénonce. Michel Barnier devrait démissionner par dignité", s’emporte un proche du président. "Des artisans aux architectes, l’effet Bolkestein-Frankenstein pousse au non toutes les classes sociales, se délecte Villiers. Par un double effet : nous sommes tous en péril, et ce texte symbolise le mépris bruxellois." Bolkestein ou pas, nombre de corporations s’installent dans le rejet du traité. Chez les paysans, José Bové et les adhérents de la Confédération paysanne voteront non avec entrain. François Lucas, responsable de la Coordination rurale, n’a donné aucune consigne de vote : il juge "les agriculteurs assez intelligents pour comprendre tout seuls que le traité est à mille lieues du traité de Rome, qui instituait l’Europe verte". Pour lui, ce sera non. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, s’est engagé en faveur du oui lors du dernier Salon de l’agriculture, où Jacques Chirac est venu signaler aux paysans que voter non serait une "connerie".

Le président français Jacques Chirac répond aux questions du journaliste Patrick Poivre d'Arvor lors d'une émission télévisée en direct sur TF1, le 14 avril 2005 à Paris, dans le but de relancer la campagne du « oui » à la constitution européenne qui piétine. AFP PHOTO POOL PATRICK KOVARIK

Pourtant, dans les campagnes, le camp du non semble grossir de jour en jour. De l’Europe, les agriculteurs ne voient plus que les mauvais côtés. Ainsi, les examens plutôt tatillons pour vérifier si les nouvelles normes sont appliquées : "Chaque fois qu’un contrôleur fait une descente dans une exploitation, il convertit au non l’exploitant, sa famille et ses voisins", analyse un observateur. Sur le fond, les exploitants ont l’impression que la politique agricole commune appartient au passé et que le même vent de libéralisme souffle sur les services et sur eux. Enfin, le budget agricole - plus de 50 % des dépenses communautaires - n’augmentera pas et l’arrivée de pays agricoles de bonne taille (Pologne, Roumanie, etc.) signifiera donc une baisse des subventions aux Français.

Pour les cheminots, les salariés d’EDF ou de GDF, le non est l’un des rares moyens de s’opposer à une évolution qui les dépasse. A la SNCF, le transport des marchandises est ouvert à la concurrence depuis le 13 mars 2003 et des trains de voyageurs étrangers rouleront sur le réseau français en 2010. Electriciens et gaziers ont vu disparaître leur monopole : après les entreprises et l’artisanat, les particuliers seront libres, dans quelques années, d’acheter leur électricité à qui ils voudront. "Dans les entreprises nationales, l’Europe amalgame toutes les craintes", juge un expert.

"Le non enfle et peut donc aujourd'hui espérer la victoire"

Dans ses avancées techniques, l’Europe inquiète ; dans son horizon politique, elle effraie. C’est ainsi que la candidature turque s’est installée au coeur du débat sur la Constitution, malgré les efforts du président et à cause des ambiguïtés de certains partisans du oui, comme Nicolas Sarkozy et François Bayrou, qui refusent cet élargissement. "Les manifestantes tabassées par la police lors de la Journée internationale de la femme, les crimes d’honneur chez les Turcs de Berlin et l’arrivée de "Mein Kampf" parmi les best-sellers dans les librairies turques, cela fait beaucoup en deux semaines, recense Villiers. Si le non gagne le 29 mai, les négociations pour l’adhésion turque ne pourront pas commencer le 3 octobre."

"Il nous faut rassurer"

C’est le problème majeur pour les partisans de la Constitution : le débat se révèle plus que poreux, véritable passoire à arguments. Puisque le traité est obscur, on peut en faire le responsable, la caution ou le catalyseur de tous les problèmes : Turquie, chômage, délocalisations, etc. Il est alors facile de vendre le non comme un vote à impact hexagonal, une suite à l’année électorale 2004. Le référendum devient "raffarindum" : pour déloger le Premier ministre de Matignon, les régionales et les européennes n’ont pas suffi, mais le 29 mai sera crucial. "Les trois quarts des personnes qui vont voter non n’ont pas lu le traité, mais le seul fait que Chirac et Raffarin votent oui entraîne le non, explique un responsable de la CGT. A force de braver les gens, de refuser de se débarrasser du Premier ministre, Chirac les a beaucoup énervés." Viser la Constitution pour abattre Raffarin : ce calcul par ricochet est intellectuellement spécieux, mais sans doute tactiquement exact.

"Les Français sont en état de sécession", reconnaît le socialiste Jean-Christophe Cambadelis, pro-oui, qui ajoute en citant Lénine : "Les conditions d’une révolution sont réunies lorsque le sommet ne sait plus agir comme auparavant et que la base ne veut plus vivre comme auparavant." Le 29 mai, jour de révolution ? Ou un 21 avril abouti, dans un ras-le-bol contre les politiques ? Le non devient surtout, dans ce processus de contestation tous azimuts, une arme de chantage. On ferme les services publics dans les campagnes ? La manifestation de Guéret (Creuse), le 5 mars, attaque la Constitution. "Il y a une forte tendance à instrumentaliser le non, poursuit Jean-Christophe Cambadelis, levier évident pour les revendications."

Même les lycéens suivent cette pente. Ainsi ces trois élèves de terminale L au Lycée autogéré de Paris, qui, le 29 mai, vont voter pour la première fois. La plus politisée avait déjà fait son choix - "Ce sera non" - les deux autres ont hésité. La loi Fillon a pesé sur leur avis : "Ils font avec nous comme lors de la réforme des retraites ou de l’assurance-maladie. Les gens descendent dans la rue, mais le gouvernement n’écoute pas et les lois sont votées. Cela ne donne vraiment pas envie de voter oui." Puis, en préparant les manifestations et en défilant, elles ont discuté avec des syndicalistes. "Quand j’ai compris que les privatisations d’EDF et de La Poste, c’est à l’Europe qu’on les doit, j’ai changé d’avis : je voterai non", conclut l’une. "Si la loi Fillon passe, cela va orienter mes choix politiques. Et je commencerai par voter non", achève l’autre. Les lycéens, dans leur colère générationnelle, illustrent aussi l’un des phénomènes qui peut porter le non, lui offrant un second souffle en mai : la mise en question de Jacques Chirac après dix ans d’Elysée - un cap toujours délicat. "Deux ressorts fondamentaux du vote non font défaut, note Olivier Duhamel dans L’Etat de l’opinion (TNS Sofres/Seuil). Le premier concerne la mise en cause de la responsabilité du chef de l’Etat." Pour cet avocat du oui, de Gaulle a perdu en 1969 pour avoir mis son mandat en jeu, Mitterrand a gagné en 1992 parce qu’il avait exclu de le faire. Mais, si le scrutin du 29 mai n’a pas pour objet la démission de Chirac, il pèsera sur sa capacité à solliciter un troisième mandat en 2007. Voter non, c’est l’affaiblir : le référendum est une sorte de primaire pour la présidentielle. Combien d’électeurs en tiendront compte ?

Cet "effet 2007" existe aussi à gauche : le non coûterait cher à François Hollande. "Le socialisme n’est qu’un mot qui sert à rassembler les mécontents", définissait Paul Leroy-Beaulieu, professeur au collège de France, en ? 1890. La direction du PS n’est pas sur cette ligne : "Il nous faut rassurer", martèle Jean-Marc Ayrault. Le 12 mars, lors de la réunion des comités départementaux du oui, François Hollande a donné le ton : "Cette campagne doit d’abord être une campagne d’information." Un cadre confie : "La consigne est claire : expliquer, réexpliquer, encore expliquer. Il faut avoir réponse à tout, dissiper tous les doutes." Hollande distille son mot préféré, responsabilité, et joue la confiance. Confiance en l’avenir : "Il faut que nous montrions que nous ne nous laissons pas parasiter par des peurs primitives", traduit un militant parisien. Confiance dans l’électorat : "On doit faire appel à l’intelligence des Français", lance Hollande sur les ondes.

Qu’en penseront les électeurs populaires ? "De véritables socialistes devraient être aux côtés des Français en difficulté", exhorte Jean-Pierre Chevènement, constatant que Michel Rocard oppose la France du oui, "moderne, jeune et dynamique", à celle qui souffre. Ce sont les votes de celle-là qui feront ou pas, au final, le succès du non. Selon Duhamel, c’est son second ressort manquant : "Contrairement aux clichés complaisamment répandus, on ne relève aucun rejet de la Constitution européenne au sein des couches populaires." Si l’ancien député européen socialiste a raison, les opposants au traité ne connaîtront qu’un printemps d’illusion. S’il se trompe, ses rangs s’étofferont. "Le non est contagieux", affirme Villiers. "Le oui a des réserves, le non n’a que des moments", rétorque Cambadelis.

La vérité des chiffres est, en fait, que chaque camp a fait le plein de ses partisans, tandis que ceux qui déclarent déjà ne pas avoir l’intention de voter devraient bel et bien fuir les urnes le 29 mai. "L’enjeu, pour le oui comme pour le non, c’est dorénavant d’éviter la déperdition", explique Jérôme Sainte-Marie, de BVA. "Le risque, c’est une forte abstention du oui et une mobilisation du non", confirme Raffarin. "Les gens se déplaceront pour dire non, c’est le oui qui peut s’abstenir", ajoute l’UDF Maurice Leroy, député de Vendôme (Loir-et-Cher), ville à l’europhilie sceptique. "Mon prochain slogan ? Dans le doute, abstiens-toi ?", s’amuse Villiers. Son camp a gagné les ides de mars. Mais dans deux mois et demi ? "On sait dans mon pays que mai rend fou", glissa un chauffeur de taxi, en 1973, à un homme politique, qui médita longuement sur la version française de cet aphorisme. Il s’appelait François Mitterrand.




Moscow.media
Частные объявления сегодня





Rss.plus
















Музыкальные новости




























Спорт в России и мире

Новости спорта


Новости тенниса