Donald Trump – Elon Musk : pourquoi leur clash pourrait libérer la parole chez les républicains
L’homme le plus puissant du monde peut-il se passer de l’homme le plus riche du monde ? En apparence, les attaques d’Elon Musk glissent sur Donald Trump comme l’eau sur les plumes d’un canard. Sa loi budgétaire mène le pays à "la banqueroute" ? L’affaire Epstein est agitée ? Les Maga répliquent en agitant l’idée de nationaliser SpaceX. Mais la perte d’Elon Musk coûtera plus au président qu’il n’y paraît. Car le tycoon de la tech lui fournissait deux puissantes armes pour faire taire les voix dissidentes dans son parti.
Le premier ? Sa fortune colossale. Celle d’Elon Musk s’élève à 420 milliards de dollars. Financer une campagne électorale est une dépense dérisoire pour lui. Il avait d’ailleurs injecté sans hésiter 25 millions pour tenter de faire élire le conservateur Brad Schimel à la Cour suprême du Wisconsin - sans succès.
Tant qu’Elon Musk gravitait dans le camp Trump, les républicains avaient le petit doigt sur la couture du pantalon. Une critique envers la Maison-Blanche et ils pouvaient être sûrs de voir, aux élections de mi-mandat, un candidat conservateur alternatif doté d’un confortable budget com’ se dresser devant eux.
Ce n’est pas la seule arme qu’Elon Musk avait mise à disposition de Donald Trump. Son réseau social X aux 600 millions d’utilisateurs constituait un formidable porte-voix des idées Maga. Mais aussi un outil de contrôle du "Grand Old Party". Ce camp avait découvert, effaré, la puissance de feu de l’outil le 19 décembre dernier.
Le coup de fil entre Donald Trump et Elon Musk
Ce jour-là, le milliardaire entreprend de poster plus de 150 messages torpillant un accord bipartisan qu’ils avaient patiemment négocié avec les démocrates pour prolonger le budget de l’État. "Un texte horrible" s’insurge l’entrepreneur avant d’exhorter sa vaste communauté de fans à faire pression sur les républicains. "Tous nos bureaux ont été inondés d’appel par nos administrés", décrit alors, effaré, le sénateur Bill Hagerty au micro de CNN.
Si Elon Musk prend ses distances, les républicains vont enfin retrouver un peu de liberté de parole. Cela promet des débats intéressants car les soutiens de Trump sont loin d'être homogènes. Sur les dossiers économiques, plusieurs groupes affichent des intérêts très divergents selon qu’ils soient des entrepreneurs tech, des conservateurs classiques ou des apôtres America First.
Le sénateur du Kentucky, Rand Paul, a déjà affiché son hostilité au projet de loi de la Maison Blanche que Musk qualifie de pure "abomination". "Je suis d’accord avec Elon. Nous avons tous les deux observé le gaspillage massif dans les dépenses gouvernementales. Nous savons que 5 000 milliards de dollars de dette supplémentaire seraient une erreur colossale. Nous pouvons et devons faire mieux", a-t-il écrit, dans une réponse à une publication de l’entrepreneur. Piqué au vif, le président américain, a aussitôt répliqué : Rand Paul "vote NON à tout mais n’a jamais de propositions constructives concrètes. Ses idées sont insensées […] les gens du Kentucky ne le supportent pas".
Donald Trump doit s’entretenir ce vendredi 6 juin avec Elon Musk. Si le coup de fil ne suffit pas à les rabibocher, il faut s’attendre à voir l’entrepreneur critiquer de multiples politiques de la Maison-Blanche. Car comme le montrait déjà notre dossier en février, les sujets de discorde sont, entre eux, nombreux. Donald Trump s’est engagé dans un bras de fer mal préparé avec la Chine, où Elon Musk a des intérêts majeurs. Surtout, la nouvelle administration coupe tous les programmes de soutien aux industries vertes, en particulier à la filière des voitures électriques. Elon Musk qui, par le passé, avait plutôt soutenu les démocrates le réalise aujourd’hui : l’herbe n’est pas plus verte dans le camp adverse.
