Los Angeles : entre Donald Trump et le gouverneur Gavin Newsom, la guerre est déclarée
Après son (bref et violent) affrontement avec Elon Musk, Donald Trump a (déjà) un nouvel ennemi en ligne de mire. Son nom ? Gavin Newsom. L’objet du courroux du président républicain à l’égard du gouverneur démocrate de l’Etat de Californie ? L’opposition de ce dernier à sa décision d’envoyer des troupes à Los Angeles contre des manifestants opposés aux expulsions massives d’immigrés clandestins.
Donald Trump a musclé lundi 9 juin sa réponse à des heurts entre policiers et manifestants à Los Angeles en déployant des militaires du corps des Marines et en appelant 2 000 réservistes supplémentaires. Après plusieurs jours d’affrontement entre les forces de l’ordre et des manifestants, le locataire de la Maison-Blanche a pris la décision exceptionnelle de déployer sur le territoire américain 700 militaires d’active de ce corps d’élite. Donald Trump a également ordonné l’envoi de 2 000 membres supplémentaires de la Garde nationale, un corps de réserve de l’armée, qui viennent s’ajouter aux quelque 2 100 déjà annoncés dans la deuxième plus grande ville américaine. Ces décisions ont été prises contre l’avis de Gavin Newsom. "C’est la première fois depuis 1965 qu’un président déploie la Garde nationale sans avoir été sollicité par le gouverneur d’un Etat", a noté sur X Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch.
"Un président dictatorial"
Le gouverneur démocrate de la Californie, âgé de 57 ans, a qualifié cette décision de "délibérément incendiaire", assurant qu’elle ne ferait "qu’aggraver les tensions". Déjà opposé à l’envoi de la Garde nationale, Gavin Newsom a estimé que le déploiement des Marines assouvissait "le fantasme fou d’un président dictatorial". "Les Marines américains ont servi honorablement dans de multiples guerres pour défendre la démocratie. Ce sont des héros", a-t-il écrit sur le réseau social X. "Ils ne devraient pas être déployés sur le sol américain, face à leurs propres compatriotes, pour réaliser le fantasme fou d’un président dictatorial. C’est une attitude anti-américaine", a dénoncé cet ancien maire de San Francisco.
Pour le gouverneur, la mobilisation annoncée de 2 000 réservistes supplémentaires, alors que les premiers envoyés n’auraient reçu ni eau ni nourriture, selon lui, "n’a rien à voir avec la sécurité publique, cela vise juste à caresser dans le sens du poil l’ego d’un président dangereux".
La présidentielle de 2028 en tête ?
Pure provocation ou réelle intention ? Donald Trump a en tout cas laissé entendre qu’il aimerait empêcher Gavin Newsom de poursuivre sa carrière politique. Interrogé lundi sur une possible arrestation de l’une de ses bêtes noires, Donald Trump a lancé que ce serait "super". "Allez-y, arrêtez-moi" avait lancé Gavin Newsom dimanche sur la chaîne MSNBC, à l’intention de Tom Homan, le principal conseiller de Donald Trump en matière d’immigration et l’architecte de sa politique d’expulsion massive de migrants en situation irrégulière. Interrogé par un journaliste sur ces propos, le président américain a répondu : "Je le ferais si j’étais Tom (Homan), je pense que c’est super." Donald Trump a également fustigé "le boulot horrible" de Gavin Newsom à la tête de la Californie. Le gouverneur a vivement répliqué sur X : "Le président des Etats-Unis vient d’appeler à l’arrestation d’un gouverneur en exercice. […] C’est une ligne que nous ne pouvons pas franchir en tant que nation - c’est un pas incontestable vers l’autoritarisme".
Le président a multiplié ces derniers jours les attaques contre Gavin Newsom, considéré comme un espoir de son parti pour l’élection présidentielle de 2028, et qui tente aujourd’hui de s’ériger en opposant principal à Donald Trump. Comme le précise Reuters, peu après des manifestations dispersées vendredi à Los Angeles, Donald Trump et le gouverneur de Californie ont parlé par téléphone. Le milliardaire n’a jamais mentionné de réponse fédérale, selon Gavin Newsom, qui a décrit la conversation comme "très cordiale" sur MSNBC dimanche. Vingt-quatre heures plus tard, le dirigeant issu du Parti républicain a ordonné l’envoi de milliers de soldats de la Garde nationale, contournant donc l’avis du gouverneur de l’Etat le plus peuplé et le plus puissant économiquement des Etats-Unis.
La relation entre les deux hommes a été compliquée ces derniers temps, rappelle The New York Times. Immédiatement après l’élection de Donald Trump, le gouverneur, qui, en six ans à la tête de la Californie, s’est positionné en tant que modéré, a convoqué une session extraordinaire afin de "protéger les valeurs californiennes", une initiative connue sous le nom de "Trump-proofing the State". Après la victoire électorale du milliardaire de 78 ans, il a déclaré que la Californie "résisterait".
Une courte détente en début d’année
En janvier dernier, des incendies de forêt meurtriers en Californie ont permis une détente. Gavin Newsom a ainsi rencontré Donald Trump sur le tarmac lorsque ce dernier s’est rendu sur les zones frappées par des feux de forêt dévastateurs. Les deux hommes ont échangé une poignée de main. En outre, lorsque Newsom a lancé un nouveau podcast, en mars dernier, ses premiers invités comprenaient des partisans de Donald Trump de premier plan, comme Stephen Bannon et Charlie Kirk. Gavin Newsom expliquait alors qu’il cherchait à mieux comprendre l’attrait du président, indique Reuters.
Mais la décision du président d’envoyer des troupes en Californie et son affirmation selon laquelle Los Angeles était "envahi" par des foules violentes semblent avoir convaincu Gavin Newsom d’abandonner son approche conciliante. "J’ai toujours voulu aborder l’engagement avec le président des États-Unis d’une manière respectueuse et responsable", a déclaré le gouverneur démocrate dimanche. "Mais il n’y a pas de travail avec le président, il n’y a que du travail pour lui - et je ne travaillerai jamais pour Donald Trump."
Désormais, souligne The New York Times, Gavin Newsom utilise contre Donald Trump le même langage dédaigneux lié à l’âge que celui-ci aimait utiliser contre Joe Biden. "Je l’ai vu trébucher sur les marches aujourd’hui", a déclaré Gavin Newsom à propos d’une vidéo de Donald Trump trébuchant dimanche à l’embarquement d’Air Force One à Morristown, dans le New Jersey. "Ce n’est plus la même personne que j’ai rencontrée il y a quatre ans", a-t-il ajouté. De son côté, Donald Trump a renommé le gouverneur "Newscum", "scum" signifiant "ordure" en anglais.
