Pour Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, la remise en cause de l'accord franco-algérien n'est plus "à l'ordre du jour"
La nomination de Laurent Nuñez au ministère de l’Intérieur suscite un regard attentif, notamment à Alger, où les relations avec la France connaissent depuis plus d’un an une forte tension diplomatique. Invité sur l’émission "Questions politiques" ce dimanche, ce fils d'un pied-noir d'origine andalouse a insisté sur la nécessité d'un "bougé" dans le dialogue sécuritaire entre Paris et Alger, actuellement interrompu en raison notamment du refus algérien de reprendre certains ressortissants sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). "On a 40% d'Algériens dans les centres de rétention administratives, a précisé le ministre. Il faudra évidemment qu'on ait de nouveau la reprise du flux des laissez-passer. Je vais m'y atteler", a ajouté le ministre de l'Intérieur, précisant qu'il n'avait pas encore pris contact avec son homologue algérien.
Interrogé sur un rapport parlementaire rendu public le 15 octobre qui proposait de remettre en cause les dérogations accordées aux Algériens dans le cadre de l'accord franco-algérien de 1968, Laurent Nuñez n'a pas souhaité se prononcer. "Il y a cet accord, il fonctionne, il n'est pas complètement parfait, je vous le concède, mais pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour", a-t-il expliqué. Présenté par les députés macronistes, Mathieu Lefèvre, devenu ministre délégué à la Transition écologique, et Charles Rodwell, le document propose de mettre fin au statut unique conféré aux Algériens en matière de circulation, de séjour, d'emploi et de protection sociale.
La "même fermeté" mais une "rupture dans la forme"
En pleine crise diplomatique, l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau avait également dit à plusieurs reprises son souhait de le remettre en cause. Les Algériens occupent la tête des nationalités étrangères présentes en France - on y comptait 649 991 Algériens en 2024 - et la deuxième place pour les obtentions d'un premier titre de séjour. Ils sont également la première nationalité interpellée en France en situation irrégulière avec 33 754 personnes en 2024.
Sur le plan migratoire, Laurent Nuñez affiche une ligne ferme, affirmant vouloir poursuivre les politiques engagées par son prédécesseur Gérald Darmanin, en insistant sur la nécessité d’augmenter les reconduites à la frontière et de faire appliquer la loi avec rigueur. "J’aurai la même fermeté que Bruno Retailleau", a-t-il déclaré, tout en revendiquant une "rupture dans la forme" pour ne pas "diviser la société". "Il y a des mots que je n'utiliserai pas", a-t-il insisté. "Quand vous convoquez le débat sur l'assimilation... Je ne le ferai jamais. L'assimilation, c'est certes un mot qui existe dans le code civil, mais vous renvoyez forcément ça au débat 'intégration versus assimilation'. Moi, je crois à l'intégration. On s'intègre parce qu'on respecte les règles des valeurs républicaines", a-t-il expliqué.
