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Ноябрь
2025

"Trump ne devrait pas prendre le Venezuela pour le Panama" : la leçon géopolitique d’Alexander Downes

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Quelle mouche a bien pu piquer le président américain ? En quelques mois à peine, Donald Trump a délaissé la voie diplomatique avec le régime de Caracas, lancé des frappes aériennes dans les Caraïbes et le Pacifique, et laissé entendre que les jours de Nicolas Maduro étaient désormais comptés. Officiellement, cette escalade s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic : Trump accuse le dictateur vénézuélien d'être responsable de l’envoi de drogues et de criminels violents vers les États-Unis. Jugeant que Maduro "n’a pas été bon pour les États-Unis", le président américain a, le 17 novembre, laissé la porte ouverte à des discussions tout en n’excluant pas l’envoi de troupes sur le terrain. Comme nombre de dossiers internationaux l’ont montré depuis le début de l’année, le président des Etats-Unis laisse planer un certain flou sur ses réelles intentions. "L’administration Trump compte son lot de partisans d’un changement de régime au Venezuela", pointe cependant Alexander Downes, professeur de sciences politiques et d’affaires internationales à la George Washington University.

Mais cette ambition, si elle venait à se confirmer, aurait-elle des chances de réussir ? "Il existe une panoplie d’options pour renverser un régime. Mais la plupart d’entre elles ont de très mauvais bilans", tranche l’expert. Et qu’en serait-il de l’après ? A L’Express, l’auteur de Catastrophic Success: Why Foreign-Imposed Regime Change Goes Wrong (2021, non traduit) décrit un risque accru de guerre civile, mais aussi la possibilité que le dirigeant remplaçant soit lui-même remplacé. En filigrane, Alexander Downes dépeint une administration Trump "schizophrénique", capable de faire volte-face sur sa doctrine non interventionniste et isolationniste. Au point de poser la question suivante : "qui dirige réellement la politique américaine à l'égard du Venezuela à l'heure actuelle" ? Entretien.

L’Express : Que faut-il déduire des intentions de Donald Trump dans le dossier vénézuélien ?

Alexander Downes : On connaît l’obsession de Trump pour le trafic de drogue. Mais la force motrice derrière cette campagne est à chercher du côté du secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale Marco Rubio. Un descendant d’émigrés cubains, très anti-Castro et particulièrement belliciste, qui a réussi à associer Maduro à l’immigration clandestine et au trafic de drogue. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de trafic de drogue au Venezuela, mais Maduro lui-même n’est pas le baron de la drogue que l’administration Trump décrit… Toujours est-il qu’il s’agit là de deux sujets qui tiennent vraiment à cœur à Donald Trump. Il est utile de refaire la chronologie de la situation pour comprendre l’ampleur du revirement auquel nous assistons de la part de l’administration américaine : les Etats-Unis étaient en négociations avec le régime de Nicolas Maduro, et celui-ci faisait des concessions assez importantes – notamment en accordant à des entreprises américaines une participation majoritaire dans l’industrie pétrolière vénézuélienne.

Puis Trump a mis fin aux négociations, et les frappes aériennes ont commencé dans les Caraïbes et le Pacifique contre des bateaux de "trafiquants". Pourquoi cette volte-face ? En réalité, l’administration Trump compte son lot de partisans d’un changement de régime au Venezuela, à savoir Rubio et Stephen Miller, conseiller à la sécurité intérieure des Etats-Unis et "tsar" de l’immigration. Tout porte à croire que ces acteurs ont réussi à prendre l’avantage au sein de cette administration, et décidé de prendre pour cible Maduro, que les trumpistes avaient déjà tenté de renverser secrètement lors du premier mandat de Donald Trump.

Jusqu’où Donald Trump pourrait-il aller sur ce front latino-américain ?

En admettant que le cœur du problème soit vraiment, comme le dit Donald Trump, la drogue, alors les prochaines cibles devraient être le Mexique puis la Colombie. Le Mexique est certes un proche allié des Etats-Unis, notamment sur le plan commercial. Mais 90 % de la cocaïne qui entre sur le territoire américain transite par le Mexique depuis la Colombie, et le Mexique est la source de 96 % du fentanyl présent aux États-Unis. Mais il me semble hautement improbable que les Etats-Unis s’en prennent au Mexique, notamment en raison de l’accord commercial qui les lie. De même qu’envahir la Colombie serait une tâche risquée car ce pays est censé être un allié de Washington dans sa guerre contre la drogue. Maintenant, si le problème tient à la couleur politique de gauche des régimes en place en Amérique latine, c’est une autre affaire. Mais l’un des plus grands régimes de gauche actuels se trouve au Brésil. Lula se laissera-t-il vraiment intimider par cela ? Je ne le pense pas. Au fond, quels que soient les développements futurs, la campagne que mène Donald Trump contre le Venezuela révèle surtout, à mon sens, la schizophrénie de son administration.

Que voulez-vous dire par là ?

Celle-ci opère en ce moment une importante volte-face par rapport à sa rhétorique isolationniste et non interventionniste. D’où le fait qu’il faille s’interroger sur ce qui se passe au sein de son administration avec Marco Rubio et Stephen Miller, qui ont en quelque sorte détourné le programme de Donald Trump en prétextant de vouloir s’en prendre au trafic de drogue et à l’immigration clandestine. Il n’est pas difficile de prouver que Maduro est un méchant. Mais il y a beaucoup de méchants dans le monde. Cette campagne devrait donc nous inciter à nous demander qui dirige réellement la politique américaine à l'égard du Venezuela à l'heure actuelle... Trump est-il vraiment si facile à convaincre d'opérer un virage à 180 degrés par rapport aux principes qu’il a défendus jusqu’à présent ? Sans compter qu’au-delà des principes, le scénario d’un changement de régime poserait son lot de défis…

A quel niveau ?

Tous les États qui ambitionnent d’imposer un changement de régime au sein d’un pays étranger disposent d’un certain nombre d’options, soit en opérant de façon secrète, soit de manière ouverte. Dans le premier cas, le scénario le plus radical consiste à assassiner le leader en place. Le second vise à soutenir les dissidents dans le pays – les rebelles ou divers groupes armés. L’objectif du troisième est de faciliter un coup d’État par les forces armées. Le hic étant que, comme l’a écrit Lindsey A. O’Rourke dans son ouvrage Covert Regime Change: America's Secret Cold War, les assassinats n’ont quasiment jamais été couronnés de succès – je mets de côté les cas de dirigeants tués par inadvertance lors d’autres types d’opérations, comme des coups d’État. En témoigne le cas de Fidel Castro, que les administrations Eisenhower et Kennedy ont essayé de tuer maintes fois sans succès.

Quant au soutien aux dissidents, c’est une stratégie très courante que les Etats-Unis ont utilisée un certain nombre de fois pendant la guerre froide mais, là encore, cela n’a presque jamais réussi. Le soutien aux coups d'État est plus souvent couronné de succès, sauf dans les pays que l'on pourrait qualifier de "coup-proofed", où les dirigeants se sont débarrassés de tous ceux qui n’étaient pas loyaux. Or c’est exactement ce qu’a fait Maduro, qui est aujourd’hui entouré de fidèles. Ce scénario, s’il était tenté, aurait donc peu de chances de fonctionner. En bref, pour obtenir un changement de régime, Donald Trump ne pourra pas vraiment miser sur l’option des opérations secrètes. D’autant que l’on sait aujourd’hui qu’il a autorisé la CIA à mener de telles opérations au Venezuela. En rendant cette décision publique, il a d’une certaine façon neutralisé l’un des principaux atouts de ce type d’action : son caractère secret.

Qu’en est-il des autres options ?

Du côté des opérations ouvertes, il y a plusieurs possibilités. L’une d’entre elles concerne les sanctions économiques. J’ai d’ailleurs consacré une étude à leur efficacité : on ne trouve presque aucun exemple de réussite. Tout au plus peut-on citer un exemple où la menace de sanctions américaines a contribué à renverser un dirigeant au Guatemala dans les années 1980, mais c’est à peu près tout. Dans tous les cas, le Venezuela fait l’objet de sanctions depuis longtemps, ce qui rend cette option moins susceptible de produire des effets. Une autre option est la menace de recourir à la force. Cela a tendance à fonctionner pour les pays puissants qui partagent une frontière avec d’autres plus petits. Pensez à l’Allemagne nazie contre l’Autriche et la Tchécoslovaquie ou encore à l’Union soviétique en 1940 contre l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

Problème : le Venezuela est un très grand pays qui dispose, qui plus est, d’une armée loyale et de paramilitaires qui soutiennent le régime. Ce n’est donc pas un cas de figure susceptible de fonctionner en l'espèce. La troisième option, c’est celle des frappes aériennes. Cela me semble être le scénario le plus probable dans la situation actuelle, étant donné qu'un porte-avions a déjà été envoyé dans les Caraïbes et que des bombardiers B-52 et B-1 y ont effectué des vols. Cependant, les tentatives américaines dans ce domaine n'ont jamais abouti lorsqu'elles n'étaient pas accompagnées d'une démonstration de force au sol. Or dans le cas présent, Trump ne peut pas vraiment compter sur une force tierce pour s’occuper de cette partie du travail, comme ce fut le cas en Afghanistan en 2001, lorsque l’Alliance du Nord pouvait attaquer les talibans. Il faudrait donc que cet effort vienne des Américains, sans quoi la puissance aérienne seule aura du mal à renverser le régime de Maduro. Ce qui m’amène au dernier scénario, celui de l’invasion, comme en Irak en 2003.

Un tel scénario est-il vraiment envisageable ?

C’est une possibilité, mais pour ce faire, il faudrait envoyer une force terrestre importante. Or de toute évidence, les quelques milliers de marines actuellement stationnés dans les Caraïbes ne suffiront probablement pas. Si je devais parier sur un scénario, il me semble que l’administration Trump utiliserait sans doute la puissance aérienne. Mais pour un résultat très incertain…

Certains experts font pourtant l’analogie avec certains renversements de régime réussis par le passé, à l’instar de l’invasion de la Grenade par Ronald Reagan en 1983, et celle du Panama par George H.W. Bush en 1989…

La Grenade était une petite île où vivaient tout au plus cent mille personnes. Elle n’avait pratiquement pas de forces armées pour s’opposer aux quelque 20 000 soldats américains qui y furent envoyés. Une fois qu’un pays commence à envahir ce type de territoire, ce dernier n’a pratiquement aucun moyen de résister. Ça n’est donc pas une bonne analogie, tout comme le cas du Panama, un pays qui comptait un peu plus de deux millions d’habitants en 1989. A l’époque, les Etats-Unis disposaient d’une base militaire importante sur place pour protéger le canal de Panama. Il y avait donc déjà des forces américaines postées sur place pour compléter celles qui furent envoyées. Or, je le redis, le Venezuela est un pays bien plus vaste. Il est beaucoup plus facile de renverser et contrôler un pays minuscule doté de forces militaires réduites que de contrôler un pays de taille moyenne où circulent de nombreux groupes armés. Il faut donc se méfier des analogies…

En renversant Nicolas Maduro, Donald Trump ne contribuerait-il pas à affaiblir l’influence dans le pays de certaines puissances hostiles comme la Russie, la Chine ou encore l’Iran ?

J’entends cet argument, mais je n’en surestimerais pas la portée. Oui, il existe une influence russe, chinoise et iranienne dans ce pays. Mais il serait exagéré de dire que le Venezuela est un avant-poste russe ou chinois dans l’hémisphère occidental. Le fait de renverser Maduro apporterait donc un avantage marginal par rapport, par exemple, à la Russie. Pendant la guerre froide, les Etats-Unis avaient avancé l’argument selon lequel des pays comme le Guatemala et le Chili allaient devenir communistes et que cela serait un désastre total, ce qui était grandement exagéré. De même que le régime de Salvador Allende au Chili était socialiste, mais son mandat était limité à six ans. L’influence soviétique dans ces pays était donc minime, voire inexistante, comme c’est le cas aujourd’hui. Cet argument me semble donc davantage relever d’une justification, plus qu’autre chose. Ensuite, attention aux visions court-termistes. Quand bien même le renversement de Maduro apporterait certains avantages, il est essentiel de se demander ce qui se passerait ensuite. Or tout se passe, ces temps, comme si personne ne se posait la question…

Vous avez étudié cette question dans votre ouvrage Catastrophic Success: Why Foreign-Imposed Regime Change Goes Wrong

Absolument. D’un point de vue historique, il y a de fortes chances qu’en cas de renversement effectif de Maduro – ce qui est loin d’être acquis - les risques de guerre civile augmentent considérablement en raison de l’effondrement des forces armées et de la formation d’insurrections. De plus, il existe une multitude de groupes armés au Venezuela – quelque 200 000 paramilitaires sont affiliés au gouvernement – sans parler des nombreux gangs criminels qui contrôlent différents fiefs dans les campagnes. La question est donc de savoir comment une petite force d’occupation américaine ou un nouveau gouvernement démocratique sans armée pourrait exercer un contrôle sur le territoire. J’ajouterais que les nouveaux dirigeants placés grâce à des puissances étrangères ont un taux très élevé de renversement "irrégulier" - comprenez "par la violence", tués ou renversés lors de coups d’État, de rébellions… En clair : cela finit souvent par se retourner contre la puissance à l’origine du changement de régime.

Par ailleurs, si le dirigeant reste en place, il est généralement très difficile de l’amener à faire ce que vous voulez. S’il ne le fait pas, vous êtes coincé ! Obligé de faire avec ou d’essayer de renverser à nouveau ce dirigeant… C’est ce qui s’est passé avec la RDC (alors appelée république du Zaïre) dans les années 1990. En 1996, les Rwandais ont envahi le pays, renversé le dirigeant en poste pour mettre en place un ancien rebelle qui, jusqu’alors, dirigeait une sorte de bordel et un bar en Tanzanie. Or ce dernier s’est rapidement rendu compte qu’il avait tout intérêt à chasser les Rwandais de son pays. Mais ceux-ci sont revenus à la charge, ce qui a déclenché une guerre gigantesque et durable. Vous l’aurez compris : non seulement renverser un régime n’est pas une mince affaire, mais même lorsqu’il fonctionne, de nombreux défis affleurent. Ça n’est donc pas tout de se dire que "c’est faisable". Il faut se demander ce qui viendra après.




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