Xavier Bertrand continue d’être le gaulliste social que l’on connaît
Ancien ministre de la Santé (sous Jacques Chirac) et du Travail (sous Nicolas Sarkozy), Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, vient de sortir son premier livre, Rien n’est jamais écrit (Paris, Robert Laffont). Ouvrage dans lequel il revient, au travers de quelques 400 pages, sur des sujets tels que son enfance, son entrée dans la vie politique, son engagement, sa vision de la politique, ainsi que sa participation à plusieurs gouvernements et campagnes électorales depuis une trentaine d’années.
Celui qui avait appelé à voter, au second tour des législatives de 2024, pour le député communiste sortant de Seine-et-Marne et ancien maire de Dieppe Sébastien Jumel, prouve une nouvelle fois qu’il n’a pas compris que la seule planche de salut pour la droite française n’est autre que le libéralisme… et non le gaullisme, doctrine surannée, à laquelle lui comme tant d’autres continuent pourtant de s’accrocher indéfiniment dans notre pays. Notons toutefois que Xavier Bertrand dénonce avec raison dans son livre (dans une conversation qu’il rapporte avec Michel Bettan, son conseiller politique) la « facilité (de) l’augmentation des impôts », ajoutant qu’il souhaite « baisser les dépenses de l’État » (p. 372-373). Il se dit aussi conscient, également à juste titre, de la nécessité de « libérer les entrepreneurs et les chefs d’entreprise de tant d’entraves bureaucratiques et administratives pour qu’ils puissent continuer à créer de l’emploi » (p. 398). Mais d’autres passages du livre nous laissent plus dubitatifs.
Le gaullisme, une « alchimie française » ?
Xavier Bertrand constate et déplore que le débat entre gauche et droite n’est plus le même qu’autrefois, du fait que celles-ci se trouveraient aujourd’hui respectivement placées sous la coupe idéologique de LFI et du RN (p. 395). À ses yeux, la droite française se leurre en défendant une Giogia Meloni, et devrait bien plutôt revenir aux fondamentaux d’hier : le gaullisme, une idée qui n’est certes « plus (…) totalement moderne », mais dont l’esprit serait « inaltérable » (ibid.), et qu’il va même jusqu’à qualifier d’ « alchimie française ». « C’est même le seul point d’équilibre, ajoute-t-il, qui puisse nous permettre d’avancer » (sic). Xavier Bertrand nous rappelle donc ici qu’il est bien le gaulliste social que l’on a toujours connu. Il nous rappelle aussi qu’une grande partie de la droite française continue de préférer l’État à la liberté individuelle, et qu’elle reste (à quelques exceptions notables près, tel David Lisnard) largement méfiante à l’égard au libéralisme économique. De Gaulle, cet adepte du planisme, ne disait-il pas en 1966 que la politique de la France « ne se fait pas à la corbeille » ? Pour lui, l’économie française devait être guidée par l’État garant de la « souveraineté nationale », non par le libre jeu des intérêts des individus. Or, ce dont la France a besoin aujourd’hui, c’est de moins et non de plus d’État dans l’ensemble des tâches dont les individus tendent à s’acquitter mieux que lui. Contrairement donc à ce que dit Xavier Bertrand, la droite française doit non pas renouer avec, mais sortir définitivement du gaullisme social, lequel n’est autre qu’une forme d’étatisme et de collectivisme. Comme l’écrivait le sociologue Raymond Boudon dans un article paru dans la Revue des deux mondes, « le gaullisme, par-delà les services éminents qu’il a rendu aux pays, (…) a alimenté, lui aussi, la tradition étatiste ».
Une vision par trop collectiviste de la société
Mais Xavier Bertrand est-il capable de se déprendre de sa vision collectiviste de la société lorsqu’il écrit : « Ce qu’attendent concrètement les Français ? Vivre en sécurité, vivre de leur travail et, parce qu’on est en France, ils veulent des liens forts entre eux. Ce sont les services publics : la santé, l’éducation, mais aussi le logement, la culture, et le sport… La France n’est pas un pays comme les autres. Chacun d’entre nous ressent le besoin de vivre et de partager des choses ensemble. La vie ne se scinde pas en une multitude d’individualités, c’est une aventure commune » (je souligne, p. 398). Or, plutôt que de défendre un « projet de société », forcément collectiviste, pour la France, nos politiques de droite feraient bien de faire davantage confiance aux individus, lesquels peuvent ou devraient pouvoir librement s’associer entre eux s’ils le souhaitent, dans le respect du droit, sans que l’État les accable sans cesse comme il le fait de réglementations et de taxes en tous genres.
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