Défense : avec "Michelangelo", l’Europe bientôt dotée de son "dôme de fer" ?
Vers une défense antiaérienne européenne connectée ? C’est la promesse faite par l’entreprise publique italienne Leonardo, qui a présenté jeudi 27 novembre un système pointu d’intelligence artificielle. Sa mission : connecter les radars, missiles et systèmes de commandement européens pour neutraliser de potentielles menaces russes. Un fonctionnement inspiré du dôme de fer israélien, opérationnel depuis 2011. "Il s’agit d’un modèle important pour la sécurité de l’Italie, de l’Europe et des pays de l’Otan dans les années à venir", a déclaré Roberto Cingolani, directeur général de Leonardo, lors de la présentation du système aux hauts responsables de l’armée italienne. Selon lui, ce système baptisé "Michelangelo" sera opérationnel dès "fin 2027".
L’idée est de permettre à n’importe quel pays européen de pouvoir l’utiliser, alors que chacun empile aujourd’hui des systèmes différents, achetés à des industriels et à des pays parfois concurrents. D’un côté, l’Allemagne a pris la tête d’un projet de bouclier aérien européen (ESSI) basé notamment sur des équipements américains (Patriot) et israéliens (Arrow 3) et a été suivie par une vingtaine de pays - dont le Royaume-Uni, la Suède et la Finlande. De l’autre, plusieurs Etats comme l’Italie ou la France se sont montrés critiques d’un système basé sur des technologies non-européennes et ont préféré privilégier le système franco-italien SAMP-T.
Renforcer l’intégration des systèmes de défense européens
Pour Leonardo, Michelangelo pourrait permettre de réconcilier ces deux visions : "Le système est conçu pour être ouvert, c’est-à-dire compatible avec les actifs et les plateformes défensives d’autres pays et conformément aux normes de l’Otan, précise le groupe italien. Roberto Cingolani a également fait valoir que ce système sera essentiel pour les pays d’Europe de l’Est, "qui ne sont peut-être pas en mesure d’utiliser des systèmes haut de gamme tels que le F-35 ou le Patriot, mais pourraient néanmoins intégrer leurs ressources existantes dans un bouclier plus large".
Le dispositif a aussitôt reçu le soutien du ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, qui a à son tour souligné que "chaque pays peut y intégrer ses propres technologies". "Ensemble, nous pouvons coopérer pour créer un système de défense très avancé contre tous les types de menaces, des missiles hypersoniques aux petits drones, car les menaces se présentent aujourd’hui sous de nombreuses formes différentes", a-t-il ajouté depuis Paris après une rencontre avec son homologue française Catherine Vautrin. Reste à voir si les gouvernements européens iront au-delà d’un soutien rhétorique et s’accorderont pour financer ce projet de défense de leur espace aérien.
