Добавить новость
ru24.net
World News
Январь
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31

Napoléon était-il un causeur de la trempe de Donald Trump ?

0

On se souvient de la célèbre altercation ayant opposé Napoléon à Talleyrand le 29 janvier 1809, au cours de laquelle l’empereur avait traité le Diable boiteux de "merde dans un bas de soie". Dans ses Mémoires, Talleyrand s’en souvient ainsi : "L’air troublé qu’il prit, la violence et le désordre de ses expressions, et l’attitude de ceux auxquels il s’adressait, font de cette singulière conférence une scène comme il aimait à en jouer, et où il déployait sa brutale grossièreté." Rien sur le bas de soie et le reste. L’insulte culte serait-elle apocryphe ? On a prêté beaucoup de mots à Napoléon, y compris dans le Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases, qui a été largement réécrit et contient une bonne part d’invention. Dans L’Empire des mots, captivant collage de discussions de Napoléon (toujours très bien présentées et recontextualisées), l'historien Charles-Eloi Vial a voulu revenir à la vraie parole du grand homme, prenant pour modèle le C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte – a cette différence près que le général n’y avait qu’un seul interlocuteur alors que, chez Vial, l’empereur dialogue avec tout un tas de gens.

Un jour où il était mieux disposé, Napoléon interrogea ainsi Talleyrand : "Vous êtes le roi de la conversation en Europe. Quel est votre secret ?" Réponse du fourbe et flegmatique diplomate : "Eh bien Sire, moi, je choisis le terrain de la conversation. Je n’accepte que là où j’ai quelque chose à dire. Je ne réponds rien au reste." Suivit-il cet exemple ? Stendhal écrira plus tard : "On ne s’apercevait point de cette ignorance de l’empereur dans sa conversation ordinaire. D’abord il dirigeait cette conversation, et, ensuite, avec une adresse toute italienne, jamais une question, ou une supposition étourdie ne venait trahir cette ignorance." De l’art de la prudence…

Vial nous apprend que le jeune Bonaparte, grand lecteur (y compris de romans), fut d’abord un garçon taciturne. Avec la répression sanglante de l’insurrection royaliste devant Saint-Roch en 1795, puis la victorieuse première campagne d’Italie, et enfin l’expédition en Egypte, il prend confiance. Le coup d’Etat du 18 Brumaire le fait entrer pour de bon dans son personnage, un homme volontiers machiste (il aime critiquer les tenues et le maquillage de ses sœurs) et dur avec ses collaborateurs (qui ont souvent droit à des plaisanteries cassantes sur les infidélités présumées de leurs épouses). Napoléon n’est pas un gentleman, ce dont s’apercevront quelques aristocrates européens. Citons Fersen : "Ce fameux général a absolument les manières et le ton d’un parvenu qui prend l’insolence pour de la noblesse et la vanité pour la dignité." Ou le prince de Ligne : "Napoléon ne parle bien que lorsqu’il est préparé. Si cela dure longtemps, il lui échappe des mots puérils, communs ou de mauvais ton."

Composé de façon chronologique, L’Empire des mots permet de suivre étape par étape l’ascension puis la chute de Napoléon. Au début de ses meilleures années, sous le Consulat, il convoque le chef chouan Bourmont et le bat froid : "Si dans quinze jours vous n’avez pas entièrement perdu votre influence, je vous enverrai un de mes aides de camp pour vous prier de passer chez moi, et ce sera pour vous dire que je vous donne quatre jours pour quitter le territoire français, et que si vous y êtes trouvé le cinquième, vous serez fusillé. Et il ajoute : "Pendant ma vie je conserverai l’autorité suprême, j’étendrai la gloire des armes françaises, j’écraserai l’Angleterre, et la France fera la loi au reste du monde." Napoléon n’a alors que 31 ans ! Il se compare souvent à Alexandre le Grand, Hannibal, César et Turenne. Après l’assassinat du duc d’Enghien, en 1804, deux mois avant la proclamation de l’Empire, il émet cette théorie : "J’ai versé du sang, je le devais, j’en répandrai peut-être encore, mais sans colère, et tout simplement parce que la saignée entre dans les combinaisons de la médecine politique." Pendant sa toute-puissance, il garde un complexe social, un côté transfuge de classe perçant sous la carapace du despote impérialiste : "Cinq ou six familles se partagent les trônes de l’Europe, et elles voient avec douleur qu’un Corse est venu s’asseoir sur l’un d’eux. Je ne puis m’y maintenir que par la force ; je ne puis les accoutumer à me regarder comme leur égal qu’en les tenant sous le joug ; mon empire est détruit, si je cesse d’être redoutable. Je ne puis donc laisser rien entreprendre sans le réprimer. Je ne puis pas permettre qu’on me menace sans frapper. Il y a aussi un Napoléon esthète : "J’aime le pouvoir moi, mais c’est en artiste que je l’aime. Je l’aime comme un musicien aime son violon. Je l’aime pour en tirer des sons, des accords et de l’harmonie." N’oublions pas non plus le Napoléon moraliste, revenu de la nature humaine, conscient que l’on tient ses sujets par des "hochets" : "J’ai fait des courtisans, je n’ai jamais prétendu me faire des amis."

Après la période des crises de nerfs homériques vient celle du mépris hautain. Napoléon est toujours aussi odieux avec ses proches. Il faut voir comment il se conduit vis-à-vis de Caulaincourt lors de la retraite de Russie, lui répétant régulièrement, avec morgue : "Vous n’entendez rien aux affaires…" L’île d’Elbe et les Cent-Jours n’apportent pas les témoignages les plus saillants. Sainte-Hélène, en revanche, par sa mélancolie crépusculaire, est un moment d’éternité. Ce n’est pas l’avis du général Foy, figure de l’Empire qui se fera élire député libéral sous la Restauration : "Déchu et livré à la contemplation de sa vie passée, il eût été désirable que des hommes plus élevés, plus généralisants, plus pénétrants l’environnassent et demandassent raison à cet éclatant génie de ses grandeurs et de ses fautes. La postérité y eût gagné. Au lieu de cela, Napoléon, entouré jusqu’à la fin d’hommes médiocres, s’est complu dans des chimères. " Voilà qui est aimable pour les "évangélistes" (Las Cases, Gourgaud, Montholon, Bertrand, O’Meara, Antommarchi) et autres compagnons d’exil de l’empereur redevenu poussière… Longwood House n’aura jamais la couleur d’Arcole ou d’Austerlitz. Les fulgurances militaires et les fières intimidations d’antan ont laissé la place au ressassement.

De Sainte-Beuve à Julien Gracq, de nombreux esprits supérieurs ont admiré la pensée de l’empereur. Dans ses Vues sur Napoléon, André Suarès était plutôt de l’avis de Talleyrand quand ce dernier déclarait : "Quel dommage qu’un aussi grand homme soit si mal élevé." A Sainte-Hélène, l’amertume fit dire à l’ancien aigle des choses de cet acabit, notées par Bertrand : "La reine Marie-Antoinette malheureusement était une putain. Louis XVI était au reste un homme fort dégoûtant, vomissant souvent, rotant fréquemment, ayant toujours l’air ivre." Mais de quoi parle-t-il ? L'ambition et la bassesse cohabitaient dans le cœur du Corse. A la fin de l’introduction de L’Empire des mots, Vial cite ces mots de Chateaubriand, qui présentent idéalement son livre : "Si ce n’est pas l’histoire matérielle de Napoléon, c’est l’histoire de son intelligence ; cela en vaut encore la peine. Ecoutons dans les entrailles d’un sépulcre cette voix que tous les siècles entendront."

L’Empire des mots. Conversations avec Napoléon par Charles-Eloi Vial. Perrin, 607 p., 32 €.




Moscow.media
Частные объявления сегодня





Rss.plus
















Музыкальные новости




























Спорт в России и мире

Новости спорта


Новости тенниса