Algérie–Niger : rapprochement stratégique dans un contexte de tensions avec la France
En déplacement à Alger, le président nigérien a salué « l’excellence des relations historiques » entre le Niger et l’Algérie, remerciant les autorités et le peuple algériens pour leur accueil « chaleureux et fraternel ». Il a affirmé que cette visite s’inscrivait dans une dynamique de consolidation du partenariat stratégique entre les deux pays, appelé à se renforcer dans les secteurs de la sécurité, de l’énergie, des infrastructures, des transports, du commerce et de la formation.
Lors d’une conférence de presse tenue, le 16 février, au palais d’El Mouradia, Abdourahamane Tiani a exprimé la volonté de Niamey d’accélérer la mise en œuvre de plusieurs projets structurants : le développement du bloc pétrolier de Kafra, la réalisation du port sec d’Agadez, la liaison ferroviaire entre les deux pays et la route transsaharienne. Il a également évoqué des projets sociaux, dont la construction d’un centre de dialyse, d’une polyclinique et d’instituts de formation.
Tiani évoque la position historique de l'Algérie en faveur du peuple nigérien
Mais au-delà des volets économiques, le président nigérien a consacré une part importante de son intervention au contexte politique régional. Revenant sur les événements du 26 juillet 2023, il a salué la position d’Alger, qui a rejeté toute option militaire contre le Niger. Il a dénoncé les « tentatives de certaines puissances néocolonialistes » ainsi que des organisations « télécommandées et manipulées », dans une allusion claire à la France et aux pressions exercées après le changement de pouvoir à Niamey.
Dans une déclaration plus explicite, Abdourahamane Tiani a estimé qu’« aucun Algérien, aucun Africain ne saurait comprendre que l’Algérie prête son territoire pour agresser un pays africain », évoquant « cette même puissance qui durant plus d’un siècle, a infligé d’indicibles souffrances au peuple algérien ». Une référence directe à l’histoire coloniale française et aux tensions récentes entre Paris et Niamey.
Il a également regretté que « certains dirigeants africains » aient, selon lui, « raté le rendez-vous de l’histoire » en répondant aux « injonctions françaises » visant à porter la guerre contre le peuple nigérien, réaffirmant que le Niger entend défendre sa souveraineté et ses choix politiques internes.
Les deux pays dans « la même tranchée » selon Tebboune
Dans sa réponse, Abdelmadjid Tebboune a réitéré la solidarité d’Alger envers Niamey. « La sécurité du Niger et la sécurité de l’Algérie ne font qu’une », a-t-il déclaré, assurant que son pays resterait « dans la même tranchée » aux côtés de son voisin face aux tentatives de déstabilisation. Sans citer nommément la France, le président algérien a confirmé l’existence de pressions et de « tentatives » passées ou à venir, tout en réaffirmant le refus d’une solution militaire et l’attachement au respect de la souveraineté des États.
Enfin, les deux dirigeants sont convenus de la tenue d’une commission mixte bilatérale dans les jours suivant le mois de Ramadan, afin de traduire les engagements politiques en réalisations concrètes.
