Добавить новость
ru24.net
World News
Февраль
2026

Collège de Paris, les dessous d’un scandale : soupçons de blanchiment, trafic de visas…

0

"On ne recrute pas l'élite, on la forme." Telle est la devise du Collège de Paris. Un modèle du genre pour une entreprise qui a embrassé dès 2020 le statut de société à mission et dont la raison d'être est de "rendre l'excellence accessible". Le Collège de Paris est l'un des plus grands groupes privés d'éducation en France. Une galaxie d'une trentaine d'écoles qui intervient sur toute la gamme du marché de l'enseignement : la formation supérieure postbac avec les porte-étendards Ascencia business school et Digital College, la formation professionnelle continue avec Adeos Formation ou l'accompagnement des demandeurs d’emploi. Soit près de 18 000 étudiants, 4 000 élèves étrangers et 35 000 adultes en formation, d'après le dernier pointage de l'école pour l'année 2023-2024.

Le 31 décembre, Olivier de Lagarde, son cofondateur et actionnaire, n'a pas sorti les cotillons. L'entreprise a été placée en procédure de sauvegarde, première étape avant le redressement judiciaire. Le piège de l'endettement s'est refermé sur le groupe : une dette astronomique - 90 millions d'euros – dont les remboursements ont doublé entre 2022 et 2024.

Mais la faillite du Collège de Paris n'est pas seulement financière. En mai dernier, après plusieurs signalements suspects, l'IGF - l'Inspection générale des finances - l'Igas – celle des affaires sociales - et l'IGESR – l'Inspection générale de l'enseignement supérieur - lançaient en urgence une série d'enquêtes sur les pratiques du groupe, en concentrant leurs investigations sur deux établissements, la business school Ascencia, et l'école supérieure du numérique Digital College. D'après nos informations, ces enquêtes auraient conduit les services de l'Etat à actionner l'article 40 du code de procédure pénale, renvoyant le dossier au procureur de la République.

Le Collège de Paris est à l'enseignement supérieur ce que le scandale Orpea l'a été pour les Ehpad

La liste des plaintes serait édifiante : comptabilité vérolée, fraude aux formations, blanchiment d'argent, abus de biens sociaux, enrichissement personnel et surtout un système organisé d'entrée illégale d'étrangers. En clair, certaines écoles auraient facturé des frais de scolarité à de jeunes étrangers, qui auraient ainsi obtenu un visa étudiant, mais n'auraient jamais suivi de cours et se seraient volatilisés. "Un maillon important du modèle économique du groupe", insiste un proche du dossier. La direction de l'entreprise, elle, conteste cette dernière accusation. Interrogé par L'Express, Olivier de Lagarde répond "ne pas connaître cet article 40" et souligne que "les rapports des inspections générales ne sont pas définitifs et sont en attente de réponses contradictoires".

Comment a-t-on pu en arriver là ? Et surtout, pourquoi les clignotants n'ont-ils pas viré à l'orange plus tôt ? En cause, une cascade de négligences et une absence de contrôle qui révèle une régulation du secteur largement insuffisante. Une curieuse désinvolture aussi des actionnaires et notamment de Bpifrance, bras armé et financier de l'Etat, actionnaire de l'entreprise depuis 2022. "Le Collège de Paris est à l'enseignement supérieur ce que le scandale Orpea a été pour les Ehpad", confie un haut fonctionnaire proche du dossier.

L'école supérieure du numérique Digital College.

L'aventure était pourtant belle. Une aventure familiale d'abord. Le Collège de Paris est l'œuvre de deux frères, Olivier et Nicolas de Lagarde. Le premier est la tête pensante de ce petit empire de l'éducation. Economiste chevronné, il arpente un temps l'université de Paris-Dauphine, où il y soutient une thèse dans le domaine des assurances. "Un excellent travail", souligne aujourd'hui l'un des membres du jury. Puis c'est le Liban où il enseigne l'histoire, et le retour en France où il s'occupe du dispositif de formation professionnelle des assureurs, à l'Ecole nationale de l’assurance. En 2011 avec son frère, il crée le Collège de Paris en regroupant sous la même structure l'école de commerce Ascencia, des établissements spécialisés sur les métiers du luxe, de la communication… Olivier de Lagarde inspire confiance. Petites lunettes rondes, il se déplace à vélo dans Paris, parle d'inclusivité, d'égalité des chances, attaquant le "folklore élitiste et sélectif" du système français.

Le groupe grossit vite, avale un tas de petites écoles. Partout sur le territoire. Et dans tous les secteurs, de la "Baguette Academy", à l'école d'arts Conte, en passant par les métiers de la banque et de l'assurance avec l'Exchange College. Puis c'est le numérique après sa rencontre avec Ridouan Abagri, le fondateur du Digital College, bien introduit dans la French Tech et prêt à surfer sur toutes les nouveautés. En 2022, les deux associés créent le Metaverse College sur le campus de La Défense pour y enseigner en deux ans les secrets de la blockchain, des cryptodevises et du "méta patrimoine". A chaque étape, Bpifrance répond présent. La banque publique cofinance même le campus de l'Arche en 2017 et entre à hauteur de 25 % au capital de l'entreprise avec le fonds d'investissement Raise, pionnier de la" finance engagée" en 2022.

Voilà pour le côté pile. Côté face, la réalité est moins rose. Sous couvert d'anonymat, un ancien directeur d'école nous conte une tout autre histoire : aucune chaîne hiérarchique clairement établie, une absence de supervision transverse, et surtout diverses irrégularités administratives. "Un problème systémique", confie-t-il à L'Express. Les dérives en question ? Stéphane*, ancien étudiant à l’école Lybre de Béthune, l’une des marques du Collège de Paris, en a fait l’amère expérience. Son ex-établissement, intégré dans un réseau de neuf antennes, ferme brutalement ses portes après la liquidation judiciaire de la société prononcée le 30 juin 2025. "Une catastrophe. On m'a proposé d'être recasé dans une autre école mais j'ai préféré ne pas aller au bout de ce cursus", explique le jeune homme qui n’était alors qu’en première année de mastère. La direction du groupe met les difficultés de l'école Lybre sur le compte "de son incapacité à subvenir à ses besoins de trésorerie du fait d'une croissance non maîtrisée et non profitable".

Stéphane témoigne de très nombreux dysfonctionnements, comme le manque de transparence sur la réelle valeur des "diplômes". En interne, les étudiants se plaignaient de la faible qualité des enseignements dispensés en majorité par des intervenants externes. "L'un des professeurs, qui souhaitait monter sa propre école privée, m’a proposé de faire mon contrat d’alternance avec lui, explique Stéphane. Un jour, il m’a même demandé de donner des cours à d’autres étudiants pour pallier le manque d’enseignants". Contactée par L’Express, l’ancienne directrice, Alice Morival Caron, n’a pas souhaité répondre à nos questions. "Je ne suis pas certaine d’avoir des choses à en dire", se borne à écrire celle qui se présente comme "directeur de marque" pour Ecor Education, une autre école de commerce écoresponsable du groupe Collège de Paris.

L'an passé, une enquête de Mediapart avait révélé que Ridouan Abagri aurait payé son mariage et financé sa passion pour les cartes Pokémon, dont il est un des plus gros collectionneurs en France, sur les fonds de la Digital School. A l'époque, l'intéressé reconnaît ses achats et les justifie comme "un investissement stratégique" pour l'entreprise. S'il a quitté, depuis, le groupe, il reste actif dans l'éducation et est désormais partenaire de Youssef Koutari, un franco-marocain, fondateur de l'école de vente Kout que Kout. Cet automne, les deux hommes ont créé Elite Society, un réseau d'une dizaine "d'écoles d'excellence" qui ambitionnait d'accueillir des élèves dès septembre prochain...avant d'abandonner le projet.

Pour le Collège de Paris, les prochaines échéances sont désormais judiciaires. Des décisions administratives pourraient intervenir dès le mois d'avril, aboutissant à la fermeture de certains établissements. Une cellule de crise a été mise en place regroupant les services du ministère du Travail, de l'Enseignement supérieur et de l'Education nationale avec les rectorats, de façon à trouver une place dans un centre de formation à tous les étudiants qui se retrouveraient sur le carreau. La fin d'une chimère éducative.

* Le prénom a été changé




Moscow.media
Частные объявления сегодня





Rss.plus
















Музыкальные новости




























Спорт в России и мире

Новости спорта


Новости тенниса