"Fasciste" et "antifasciste" : la France de 2026 est un cauchemar
Il règne en France une atmosphère irrespirable. Il régnait ce samedi une atmosphère irrespirable à Lyon, dont Fernand Braudel disait : "Son destin n’est pas plus simple que celui du fleuve ; la ville est, à elle seule, un difficile problème de l’historien de France, peut-être le problème clé, sûrement l’indicateur clé." Dans cette commune associée à jamais au nom de Jean Moulin, on traquait le visage de l’autre lors d’un hommage funèbre.
Ainsi s’achève une semaine de débats publics nauséabonds consécutifs à une mort par lynchage ayant entraîné la mise en examen et la détention de collaborateurs d’un député – sans que cet élu de la République n’y trouve rien à redire, le groupe parlementaire auquel il appartient, pas davantage.
Les fractures françaises sont là, béantes, qui divisent le pays en clans. Chacun impose son récit et n’écoute plus l’autre. Dans la France des vérités parallèles règnent le mensonge ou la dissimulation.
Pendant ce temps, la réalité nous saute aux yeux, pire elle nous prend à la gorge. Il n’allait pas de soi que le IIIe Reich puisse inspirer une nostalgie, ni que réhabiliter Hitler constitue un objectif au XXIe siècle. Qu’il y ait des militants revendiquant l’héritage fasciste dans des groupuscules est peu contestable, de même qu’il existe dans le monde une ultradroite qui cherche à réhabiliter le nazisme, ainsi que l’a raconté une enquête récente de L'Express. Il n’était pas écrit non plus qu’un parti de gauche – ne lui dites surtout pas qu’il est d’extrême gauche – refuserait de se désolidariser d’organisations revendiquant la violence qu’il est allé lui-même chercher et donc légitimer.
Chaque jour de cette sinistre semaine, on a cru toucher le fond, sauf que le lendemain était pire. Sur la Canebière jeudi, on a pris l’accent mais pour le mettre sur ce qui blesse. Lors d'une confrontation télévisée pour les municipales de Marseille, Martine Vassal (LR) ne cherche pas à réhabiliter Pétain, elle fait l’étalage de son inculture et de sa gaucherie, pour ne pas dire autre chose. Un candidat devrait savoir aligner trois mots, et pas ceux-là dans cet ordre-là, or tel n’est apparemment pas son cas. Elle semble du même calibre que son concurrent LFI Sébastien Delogu, qui lâchait sur une radio en 2024 : "Je ne sais pas qui est Pétain. J’ai entendu parler de lui. Je sais que c’est un raciste, quoi…"
Le coordinateur national de la France insoumise, Manuel Bompard, a bondi sur l’occasion : "Quand la droite court derrière l’extrême droite, elle reprend directement les slogans pétainistes. Ces gens-là prétendent faire des cordons sanitaires pour sauver la République ? Ils préparent en réalité l’arrivée du fascisme au pouvoir." Le pire, c’est que lui croit peut-être en ce qu’il dit, aveuglé par le sectarisme de son idéologie. Les Insoumis emportés par la spirale de la violence n’ont eu cette semaine qu’un mot à la bouche : fascisme. S’ils ne l’emploient pas trois fois dans la même phrase, c’est qu’ils ne maîtrisent pas leur grammaire mentale.
Reductio ad Hitlerium. Ainsi la France se résumerait à un face-à-face entre les fascistes et les antifascistes. On a honte par rapport à notre histoire. Honte par rapport aux vraies victimes du fascisme. Il est des termes qu’on ne devrait employer que d’une voix tremblante et non à tout bout de champ.
La politique à terre. La politique délaissée par les électeurs mais aussi piétinée par ceux qui la font. Des responsables publics on attend autre chose, peut-être parce qu’on les suppose responsables, parce qu’on les espère ayant une certaine idée de la politique.
On a honte et on cherche à retrouver de l’oxygène. L’ordre règne au RN, l’ordre règne chez les Insoumis. Le désordre règne ailleurs. Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella se sont choisis comme adversaires, chacun fait la courte échelle à l’autre, chacun sert la soupe à l’autre. L’étau se resserre. Les citoyens sont sommés d’abandonner leurs doutes et leurs nuances. La campagne présidentielle n’a pas commencé, est-il déjà trop tard ?
