Langue française : et l’arAgnée devint l’arAIgnée…
Avez-vous peur des araignées ? Si la réponse est oui, vous êtes donc arachnophobe. Mais au fait, pourquoi n’ai-je pas écrit "araignophobe" ? Ce serait plus logique, après tout. A ceci près qu’en réalité, nous ne devrions pas prononcer araignée mais aragnée. Vous allez comprendre pourquoi.
Comme d’habitude, tout part du latin. Les Romains avaient donné à cette satanée petite bestiole le nom d’araneus, dont l’évolution logique en français est "aragne". C’est sous cette forme d’ailleurs que le mot s’est longtemps rencontré. Ce n’est pas par hasard si, dans l’une de ses fables (1), La Fontaine fait rimer ce terme avec "campagne".
Mais imaginons maintenant que vous vous trouviez face à cette phrase : "l’aragne stagne". Dans les deux cas, il est bien écrit "agne", mais il faut prononcer les deux syllabes différemment ! C’est pour éviter au lecteur de commettre des erreurs que l’on a eu l’idée de le faire précéder dans le premier mot de la lettre "i". D’où : araigne.
Seulement voilà : à force de voir ce "i" écrit, on a fini par en oublier la fonction et… on s’est mis à prononcer le couple de lettres "ai" d’araignée comme on le fait pour le joli mois de "mai". Notez d’ailleurs que la même erreur a été commise pour le grand Montaigne, qui s’appelait évidemment Montagne.
Incroyaible… mais vra !
(1) La goutte et l’araignée.
Sources : Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) et "Araignée, l’histoire du mot", par Bernard Fripiat (sur YouTube).
