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Февраль
2026

Marine Le Pen - Jordan Bardella : chronique d'une succession réussie

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Et soudain, le visage de Jean-Marie Le Pen vire cramoisi. "Il n’y a pas de guerre de succession car la succession n’est pas ouverte !", tonne le président du Front national. Nous sommes en 1994 et le chef de file de l’extrême droite est hors de lui à l’idée qu’une frange de son parti complote dans l’espoir de le remplacer. C’est qu’il y a vingt ans, le Front national filait droit. Jean-Marie Le Pen régnait en maître incontesté sur son appareil politique, et quiconque s’aventurait à remettre en cause la parole du chef était purgé sans autre forme de procès. La question de la succession, elle, n’était même pas envisagée. Le parti se complaisait dans ce fonctionnement vertical qui a largement sacrifié, un par un, tous les numéros deux à qui l’on reprochait toujours de prendre trop de place.

Vingt-deux ans plus tard, c’est encore une affaire de succession qui agite les Le Pen. Celle-ci, en revanche, paraît se dérouler sans accroc. C’est un héritier qu’on désigne aujourd’hui. Celui de Marine Le Pen, qui semble, pas à pas, faire le deuil définitif d’une quatrième candidature à l’élection présidentielle, à la suite de sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national). Il faudra attendre le 7 juillet, date à laquelle la cour d’appel rendra son délibéré qui décidera de l’avenir politique de la leader de l’extrême droite française, pour être fixé sur la décision définitive de la députée du Pas-de-Calais. D’ici là pourtant, cette dernière pave, jour après jour, la voie à son successeur : "C’est mon luxe, assure-t-elle ce mercredi 25 février au micro de BFMTV. De me dire que dans tous les combats politiques que j’ai menés depuis maintenant quarante ans, je n’ai aucun regret. Et surtout, je me félicite d’avoir réussi, à la différence de beaucoup de dirigeants politiques d’ailleurs, à faire émerger une personnalité qui, en cas d’empêchement, a les qualités pour pouvoir porter nos idées à la présidentielle."

"Je n’ai pas reproduit ce qui s’est passé avec mon père"

L’héritière Le Pen n’en reste pas moins traumatisée par les méthodes de son père, qui avait fait de l’ingérence sa signature politique, y compris après la désignation officielle de sa successeure. "Je n’ai pas reproduit ce qui s’est passé avec mon père, affirme-t-elle aujourd’hui. Je n’ai pas voulu faire ça, le [NDLR : Jordan Bardella] mettre sous tutelle." Elle a préféré modeler son héritier, jusqu’à le laisser s’émanciper. "Jordan Bardella n’a jamais été mis sous ma tutelle, il ne le sera jamais, répète-t-elle à l’envi. C’est un homme libre, convaincu, et par conséquent s’il a besoin, si je ne peux pas être candidate, et qu’il est donc candidat, c’est lui qui déterminera à quel niveau il a besoin de ma présence, de mes conseils, de l’expérience qu’est la mienne."

C’est aussi une affaire de contrôle. Potentiellement privée de la possibilité d’une candidature par sa condamnation judiciaire, Marine Le Pen jure se détacher d’une décision sur laquelle elle n’a pas de prise. Le choix de son héritier, en revanche, reste son domaine réservé. C’est elle qui l’a déniché, voilà plus de sept ans, pour le propulser tête de liste des élections européennes. Elle qui l’a fait monter en interne, parfois contre l’avis de ses proches, le poussant à prendre la tête de ce parti dont la gestion lui pesait tant. Elle, finalement, qui l’a construit. Le dauphin, lui, joue tout aussi bien le jeu. S’efforçant, à chaque prise de parole, de rappeler ce qu’il doit à son mentor, combien il lui en est reconnaissant, et l’assurer de sa fidélité éternelle. Une promesse d’autant plus facile à tenir que la décision de la cour d’appel du 7 juillet pourrait lui permettre de se passer de toute trahison.




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