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Февраль
2026

Guillaume Lacroix : "Jean-Luc Mélenchon veille à être présenté comme le diable matin, midi et soir"

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Il a contribué à créer l’union des gauches sans ne jamais y participer. Guillaume Lacroix, président du PRG, a permis à Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure d’entrer en contact en 2022, une pierre à l’édification de la Nupes. Car l’homme de centre-gauche, qui n’a pas non plus souhaité participer au Nouveau Front populaire, n’est ni un "camarade", ni un sectaire. Il a côtoyé le leader insoumis, partagé quelques conversations avec lui. Mais aujourd’hui, les deux ne s’adressent plus la parole. "Quand je lui ai dit que la duplicité sur l’antisémitisme contribuait à le renforcer, il l’a très mal pris. A partir de là, nos relations se sont interrompues", glisse-t-il. Lacroix a appris à comprendre ses stratégies, ses polémiques, toutes calculées selon lui. Celle sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, en meeting à Lyon jeudi 26 février a, selon lui, "provoqué exactement l’effet qu’il recherchait" : “On en arrive à une forme de référendum permanent : pour ou contre Jean-Luc Mélenchon", dit-il à L’Express. Entretien.

L'Express : Vous diriez, à l’unisson du reste de la classe politique, qu’hier soir à Lyon Jean-Luc Mélenchon a versé dans une rhétorique antisémite ?

Guillaume Lacroix : Jean-Luc Mélenchon a commis une double faute. Il continue d’abord à banaliser l’antisémitisme par l’ironie : il sait qu’il est attendu au tournant sur ce sujet, alors il vient lui-même chercher la bagarre. En ironisant, il ne prend pas de distance, il affaiblit la gravité du mot et, ce faisant, il renforce le phénomène dans le débat public. La seconde faute, c’est d’avoir tourné en dérision l’affaire Epstein, car rien dans ce dossier ne prête à sourire. Plutôt que de chercher à faire rire la salle sur le nom d’un pédocriminel, j’aurais préféré qu’il s’engage sur des propositions concrètes, par exemple la création d’un parquet spécialisé comme je l’ai moi-même demandé. Mais le drame dans tout ça, c’est qu’il ne fait rien au hasard. La sortie a provoqué exactement l’effet qu’il recherchait.

Lequel ?

La concentration du débat public autour de sa personne. On en arrive à une forme de référendum permanent : pour ou contre Jean-Luc Mélenchon. Chacun est sommé de se positionner d’abord par rapport à lui, et non par rapport à ses propres idées. La stratégie encourage ainsi une forme de paresse intellectuelle. Il voudrait que l’expression publique se limite à dire : "Je ne suis pas avec Mélenchon" ou "Mélenchon est antisémite" , comme si cela constituait un programme politique. Mais pendant qu’une partie de la gauche se définit uniquement par rapport à lui et à la question de l’antisémitisme, elle ne parle pas de fond. Et lui, lui seul, occupe ce terrain.

Pourquoi cette séquence provoque-t-elle davantage d’indignation que les précédentes ?

D’abord parce que nous sommes dans un pays où la résurgence de l’antisémitisme est une réalité. Elle n’est pas résiduelle, contrairement à ce qu’il affirme parfois ! Nous savons tous qu’il aurait les mots, le vocabulaire, la capacité oratoire pour démontrer clairement qu’il n'est pas antisémite : or nous constatons qu’il ne le fait pas. Dès lors, il cultive une forme de duplicité malsaine, il veut qu’à force de prononcer "antisémitisme" matin, midi et soir, ce mot devienne un mot comme un autre. Que l’accusation ne porte plus, qu’à force de le répéter, sa valeur s’efface. Sans avoir à démontrer explicitement qu’il n’est pas antisémite.

Jean-Luc Mélenchon est-il devenu antisémite, à vos yeux ?

Je n’en sais rien, je ne suis pas psy ; ce que je sais, c’est que ce qu’il fait banalise et renforce l’antisémitisme, qu’il le veuille ou non. C’est d’ailleurs sur ce point que nous ne nous parlons plus. Quand je lui ai dit que la duplicité sur l’antisémitisme contribuait à le renforcer, il l’a très mal pris : à partir de là, nos relations se sont interrompues.

Pour le reste, c’est donc une stratégie globale qu’entretiendrait Jean-Mélenchon...

Jean-Luc Mélenchon souhaite que "le camp du bien et de la raison" lui tape dessus en permanence : il est convaincu qu’il aura le soutien populaire dès lors que tout l’ordre établi sera contre lui, il l’a théorisé ! Alors il veille à être présenté comme le diable, matin, midi et soir pour ensuite expliquer qu’il est la victime d’un système qui a intérêt à le diaboliser. Et en prime, il bénéficie des erreurs de ce même camp… Quand certains responsables politiques donnent des leçons de morale tout en multipliant les ambiguïtés, cela affaiblit leur parole. Le "camp du bien et de la raison" montre qu’il ne fait pas toujours le bien, et qu’il n’a pas toujours raison, quand Aurore Bergé appelle le Rassemblement national à retirer ses candidats aux municipales où LFI peut gagner, et qu'elle est reconduite en tant que ministre... Mélenchon peut alors facilement expliquer que la pluie de critiques vient d’un camp tout aussi critiquable sur les mêmes sujets. Il se sert des faiblesses réelles de la classe dominante politico-médiatique. Il en joue.

Le reste de la gauche a beau fustiger ses propos, Olivier Faure et Marine Tondelier, le patron du PS et celle des Ecologistes, n’osent pas invoquer le terme "d’antisémitisme". Pourquoi cette réticence ?

Parce que s’ils le prononcent, ils se condamnent eux-mêmes. On ne peut pas qualifier quelqu’un d’antisémite et envisager ensuite des accords municipaux avec lui, et c’est autant le cas des Ecologistes que des socialistes ! Donc on entretient le flou. Ce même flou nourrit la stratégie de tension, alors Mélenchon pousse le curseur un peu plus loin à chaque fois, il teste les limites. Tout cela m’inspire, dans le reste de la gauche, une phrase des Tontons Flingueurs : "C’est curieux pour les marins ce besoin de faire des phrases"... Mais le problème de fond, c’est que la gauche s’est contentée d’être soit dans sa roue, soit de se définir comme anti-Mélenchon. Les Français attendent des propositions sur l’immigration, la justice, le pouvoir d’achat, pas une indignation permanente. Tant que cette alternative de fond ne sera pas formulée clairement et tenue dans la durée, Jean-Luc Mélenchon restera au centre du jeu, parce que c’est précisément là qu’il veut être.

La gauche, qui dispose d’un faible socle électoral dans le pays, est donc incapable d’écarter Jean-Luc Mélenchon ?

La question n’est pas de se débarrasser de lui, elle est d’arrêter de le nourrir et de le crédibiliser. Quand la gauche dite "de gouvernement" s’allie avec La France insoumise, elle contribue mécaniquement à renforcer son poids. On ne peut pas accepter pendant quatre ans des accords électoraux et, au bout de quatre ans, feindre de découvrir la nature de sa stratégie. Il faut peut-être accepter l’idée de perdre. En démocratie, perdre fait partie du jeu : cela oblige à réfléchir, à reconstruire un projet. Or, depuis 2017, la gauche refuse de perdre. Elle trouve des arrangements pour se maintenir, quitte à multiplier les contorsions, et les trahisons.




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