Compétitivité agricole : des décennies de retard accumulé
Depuis quelques mois, de nombreux faits et chiffres mettent en lumière l’état actuel de notre agriculture, qui est clairement en difficulté. Le recul tout aussi silencieux que préoccupant de l’agriculture française ne date toutefois pas d’hier : sa compétitivité s’érode depuis plusieurs décennies. L’érosion de sa part de marché, la dégradation de sa balance commerciale et la baisse de sa productivité sont les trois facteurs principaux expliquant sa perte de compétitivité.
En 2000, la France détenait 8 % des parts de marché mondiales et occupait le 2ᵉ rang des exportateurs agricoles et agroalimentaires. Depuis 2015, elle plafonne à la 6ᵉ place. Entre 2010 et 2024, elle a perdu 30 % de parts de marché, un recul qui touche presque toutes les filières. Les céréales enregistrent une chute de 47 % sur quinze ans, les viandes et produits carnés 38 %, et le lait et les produits laitiers 21 %. Le problème est que cette dégradation est propre à la France, alors que les parts de marché du reste de l’UE se maintiennent, voire progressent.
La France reste le leader européen en productivité dans le domaine des céréales, mais des pays comme l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie gagnent rapidement du terrain sur ce marché. Dans le domaine du lait, entre 2015 et 2023, la collecte s’est réduite de 6,6% en France, alors qu’elle a cru de 4,5 % en Europe. Enfin, pour les volailles de chair, la production française est restée stable entre 2015 et 2024, tandis que d’autres pays ont connu une forte augmentation, comme la Pologne (44 %).
La balance commerciale reflète également ce décrochage. En euros constants (2020), l’excédent agroalimentaire français est passé en moyenne de 11,5 milliards d’euros sur 2010-2011 à 5,6 milliards sur 2022-2024, soit une division par deux. Depuis 2015, le solde avec l’Union européenne est devenu négatif.
Quant à la productivité française, en 2024, elle a chuté de 19,1 %, la plus forte baisse parmi les pays européens. Pendant la période 2009-2024, sa progression moyenne annuelle n’atteint que 2 %, contre 4,5 % pour l’ensemble de l’UE.
Nos agriculteurs produisent sous des contraintes accrues alors même qu’ils doivent affronter une concurrence internationale de plus en plus intense. Il est urgent de restaurer la compétitivité de la « ferme France », et cela suppose d’alléger les charges qui pèsent sur les exploitations, de simplifier les normes, pour redonner des marges d’investissement et d’innovation.
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