Munitions, lance-roquettes, spatial : alerte sur les dépendances critiques de l’armée française
Elles sont nombreuses, pénalisantes et critiques à l’heure où l’allié américain se distingue par son imprévisibilité. Dans un rapport dévoilé ce mercredi 1er avril, les députés François Cormier-Bouligeon (Ensemble pour la République) et Aurélien Saintoul (La France insoumise) se sont prêtés à un exercice : passer au crible les dépendances militaires de la France vis-à-vis de l’étranger, et notamment des Etats-Unis. Équipement par équipement, les deux parlementaires mettent en lumière les vulnérabilités des forces armées françaises.
Le rapport recense une série de dépendances aux Etats-Unis en matière d’équipements stratégiques. Dans le détail : les lance-roquettes unitaires, dont les châssis sont américains, les catapultes à vapeur du porte-avions Charles-de-Gaulle, celles électromagnétiques prévues pour son futur successeur, le porte-avions La France Libre, ou encore les drones Reaper entrent dans l’équation. "Les Etats-Unis sont prédominants dans ces dépendances en raison de leur avance technologique qui leur permet de proposer des solutions opérationnelles aux armées françaises", expliquent les deux co-rapporteurs.
Le constat s’applique également aux Awacs, ces avions de surveillance aux radars extrêmement complexes, utilisés par l’Otan. La France a néanmoins fait le choix en début d'année de s’en détourner pour se rabattre sur des GlobalEye, conçus par l’industriel suédois Saab. Les lance-roquettes unitaires de l’armée de terre seront obsolètes dès 2027. Et si plusieurs industriels français cherchent à assurer la relève, des alternatives coréenne (le K239 Chunmoo), américaine (le Himars) mais aussi israélo-allemande (le Puls) sont à l’étude pour pallier cette urgence.
Mais le problème ne s'arrête pas aux équipements lourds. Alors que la France commence tout juste à déployer des hélicoptères de combat pour contrer les drones Shahed au Moyen-Orient, le rapport aborde également une dépendance particulièrement sensible : celle des munitions. Au-delà des quatre hélicoptères Tigre déployés sur place, plusieurs appareils Fennec et Caracal ont en effet été équipés de mitrailleuses du fabricant belge FN Browning pour détruire les munitions rôdeuses iraniennes à moindres frais. La France ne dispose pas de filière souveraine sur ce segment. Depuis le début du conflit en Iran, et d’après La Tribune, l’armée de l’air française a tiré dans le cadre de ses missions aux Émirats arabes unis plus de 80 missiles air-air Mica. Conçus par le missilier MBDA, ces derniers coûtent entre 600 000 et 700 000 euros l’unité. Contre quelques milliers d’euros pour un Shahed.
Des dépendances dans le spatial
La première recommandation du rapport porte ainsi sur l’épineux dossier des munitions. Les deux députés exhortent l’exécutif à accroître de manière conséquente l’investissement public afin de relocaliser et structurer la filière nationale des munitions de petit calibre. Le chantier est en réalité déjà en cours et a été lancé fin 2023 par Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées. Il revient désormais à la Direction générale de l’armement (DGA) de désigner l’industriel à même de piloter ce projet. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé le 26 mars de nouvelles commandes de munitions, au sens large. Un plan d’investissement chiffré à 8,5 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, outre les 16 milliards déjà investis.
Enfin, le spatial révèle des dépendances plus structurelles. "La France dépend partiellement voire totalement des satellites américains pour la connaissance et la surveillance de l’espace", souligne ainsi le rapport. L’une de ses recommandations-clés tient à réaffirmer l’importance du développement de la constellation européenne souveraine IRIS², pour mieux réduire ces mêmes dépendances. Le projet connaît néanmoins d’importantes difficultés. Le gouvernement allemand a annoncé son retrait de l’initiative, pour déployer son propre réseau de satellites militaires avec Rheinmetall, OHB mais aussi Airbus.
