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Dominique de Villepin : le pouvoir des mots, le risque du bla-bla

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Dominique de Villepin sourit, Dominique de Villepin s’excuse. Nous sommes le 27 mars, dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne à Paris, et il vient, c’est lui qui le dit, d’"infliger un pensum d’une telle longueur" à son auditoire : un texte lu pendant 1 heure et 14 minutes, de quoi effectivement assommer un public jeune pour l’essentiel, qui a néanmoins ovationné le nom de Rosa Parks – quand ceux d’Olympe de Gouges ou de Lucie Aubrac furent accueillis en silence – et applaudi l’attaque en règle contre Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir "introduit le virus de la division". Le "moment français", puisque tel est le nom de l’intervention, prononcée en présence du rappeur et acteur français Fianso, est-ce un discours, est-ce une dissertation, est-ce un ovni ?

"La politique, c’est parler", disait en son temps Philippe Séguin. Peut-on partir à l’assaut de l’Elysée avec pour seuls alliés les mots ? La puissance du verbe suffit-elle à gagner le plus rude des combats électoraux, alors même que la politique est démonétisée et que la quête de l’efficacité est sacralisée ? Quand il songe aux autres, Dominique de Villepin constate souvent que "le bavardage politique tue la politique" et que "l’aptitude au silence s’est cassée en 2007".

Lui qui entend "renier la communication" a le verbe haut, la maîtrise de la langue parfaite, la richesse du vocabulaire naturelle. Ce n’est pas tous les jours qu’un (quasi) candidat évoque "la France, ce pétrichor qui monte des champs, des chemins, des jardins" (le Larousse précise qu’il s’agit de "l’odeur suave caractéristique qui se dégage de la terre lorsque la pluie tombe") ; qu’un aspirant à l’Elysée cite – accrochez les wagons - La Fontaine, Nerval (deux fois), Saint-Exupéry, Cendrars, Grossman, Kant, Giacometti, Celan, Arendt, Péguy, Césaire, Michelet, Bloch. Parmi les "grands hommes d’Etat et grands politiques", voici Richelieu, Clemenceau, de Gaulle, Blum, Jaurès, Mendès France, Mitterrand, Chirac, parmi les références voici Le nœud gordien et L’étrange défaite.

"Aujourd’hui je suis venu vous parler de la France. Parce que personne n’en parle plus vraiment. Le mot France lui-même s’est comme effacé du vocabulaire. (…) Tout sonne creux en politique." Au commencement étaient les mots, à l’arrivée aussi. Ainsi s’avance Dominique de Villepin – dont les chiffres sont pour le moment moins beaux que les mots : au premier tour de la présidentielle, en fonction des participants, il est crédité de 2,5 % à 6 % des suffrages dans le sondage Elabe réalisé du 25 au 27 mars pour La Tribune.

L’ancien Premier ministre situe la rupture dans l’action publique en 2007, lorsque son meilleur ennemi, Nicolas Sarkozy, accède à la plus haute fonction et que débute "la banalisation de la parole présidentielle". A ce chef de l’Etat il reproche d’avoir "touché à l’Etat de droit" et "introduit le venin d’une identité nationale définie contre l’immigration", à François Hollande d’avoir "affaibli la puissance publique", à Emmanuel Macron d’avoir signé "l’échec de la ruse en politique, l’échec du dogmatisme économique, l’échec de la gesticulation en politique étrangère". Quelques propositions surgissent, il ne lésine pas sur les conseils, un des territoires autour du président, un autre de souveraineté permanent, un troisième de sécurité européen. Mais l’heure n’est plus à la verticalité, pourquoi ne pas organiser un référendum d’initiative citoyen et installer une convention citoyenne permanente ?

Dominique de Villepin parle. Deux jours après la Sorbonne, il est au grand jury RTL-Le Figaro–M6 ; sur la 5 le 1er avril, sur LCI le 2 avril, sur BFM le 5 avril. Sur les réseaux sociaux, il commente quelques chefs-d’œuvre, les Feuillets d’Hypnos de René Char, les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, L’Automne du patriarche de Gabriel García Márquez, L'Iliade et l'Odyssée d'Homère ce mercredi, et agrémente parfois ses interventions d’illustrations, Chagall un jour (de Pâques), Hilma af Klint un autre.

Les mots sont commodes et généreux, qui autorisent toutes les largesses, tous les oublis. Le jour de la mort de Lionel Jospin, il publie un texte très élogieux pour saluer "un homme d’Etat, un homme de rigueur et de conviction, homme de lettres, d’esprit et de principes". L’ancien chef de gouvernement socialiste doit immédiatement se retourner dans sa tombe, lui qui, dans un documentaire de 2009 (Lionel raconte Jospin, par Patrick Rotman) ciblait nommément le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, soupçonné d’avoir "systématiquement organisé une série d’offensives contre moi en cherchant à me mettre en cause, parfois à m’affaiblir, à me salir".

Et que l’on ne s’aventure pas à demander à Dominique de Villepin ce qu’il ferait, "pas seulement en termes de bla-bla", lance un soir Darius Rochebin sur LCI. "Je vous rappelle avec beaucoup de civilité que la diplomatie ce n’est pas du bla-bla, répond-il. Le général de Gaulle à Phnom Penh, ce n’est pas du bla-bla, la France en Irak en 2003, ce n’est pas du bla-bla."

Sur quoi appuyer ce flot de paroles ? S’il se réfère parfois à la baisse des déficits publics qu’il estime avoir réussie lorsqu’il était à Matignon entre 2005 et 2007, c’est surtout son fameux discours à l’ONU qui parle pour lui. En petit comité, son lointain successeur au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot, souligne pourtant "la maldonne de 2003" : "Cela n’a pas empêché la guerre en Irak, c’est l’illustration de la distorsion entre les mots et l’action." Et c’est maintenant le cœur de la problématique Villepin : comment dépasser le verbe.




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