Ce que Google dit des rêves des étudiants français : notre baromètre exclusif
Partir à l'étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd'hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l'Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l'exportation d'une éducation nationale au savoir-faire reconnu n'est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : "Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie."
Le classement qui suit repose sur l'analyse des recherches Google effectuées depuis la France sur les douze derniers mois. À partir de requêtes-souches liées aux études à l'international ("étudier en…", "double diplôme à", "Erasmus au", "master en…"), L’Express Education a extrait via un logiciel spécialisé plus de 7 500 mots-clés uniques, dont 3 300 ont pu être rattachés à un pays de destination, couvrant 45 pays. Les volumes de recherche mensuels ont été agrégés par pays pour établir le classement. Ce baromètre ne mesure pas les flux réels de mobilité étudiante, mais l'intention de recherche, soit ce que les étudiants français envisagent avant de partir.
Le Canada sur le podium d’un bloc anglophone en tête
Avant les départs effectifs, il y a les projections. Sur ce terrain, le Canada domine nettement les recherches des étudiants français. Le pays symbole de la Francophonie devance l'Espagne, le Royaume-Uni et… les Etats-Unis. L'Irlande complète un top 5 très anglophone à l'exception notable de l'Espagne, destination historique de la mobilité étudiante française, dont la présence au deuxième rang n'étonne guère.
Derrière ce quintette, le classement devient plus révélateur. L'Asie s'installe avec une force qui tranche avec sa discrétion dans les flux réels de mobilité. Le Japon se hisse même au septième rang, devant l'Italie et l'Allemagne. La Corée du Sud et la Chine figurent toutes deux dans le top 15. Trois pays asiatiques parmi les quinze premières destinations recherchées : il y a encore quelques années, cela se traduisait-il déjà dans les flux ?
Pas nécessairement en ce qui concerne les diplômes : l’organisme Campus France, chargé de la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger et de l’accueil des étudiants et des chercheurs étrangers dans l'Hexagone partageait en mai 2025 les données de la mobilité étudiante française dans le monde. Parmi les 25 premiers pays de destination des étudiants français en mobilité diplômante en 2022, pas un seul pays asiatique au rendez-vous.
Un voyage inattendu ?
Le bloc anglophone résiste à tout… et même aux clichés ? Les Etats-Unis occupent le quatrième rang malgré un contexte géopolitique qui aurait pu refroidir une partie des velléités estudiantines. L’effet Trump signe-t-il la fin de l’intérêt du pays pour les étudiants français ? Près de 2 000 recherches Google par mois en moyenne affirment le contraire. Le Canada trône en tête alors même qu’Ottawa annonçait fin 2025 durcir ses politiques d’accueil.
La présence de Malte au dix-neuvième rang est plus inattendue, portée par les séjours Erasmus. Celle du Mexique, vingt-cinquième, témoigne d’un appétit pour des mobilités moins balisées que le traditionnel semestre londonien.
Quelles universités occupent l’esprit des jeunes français ?
Au-delà des destinations, L’Express Education a souhaité mesurer la puissance des marques académiques dans l’esprit des étudiants français, en comparant les volumes de recherche Google d’une quarantaine d’établissements français et internationaux. Le constat initial est rassurant pour les grandes écoles françaises. HEC domine avec plus de 40 000 recherches mensuelles, devant la Sorbonne, l’ESSEC et l’ESCP.
Mais la concurrence internationale n’a plus rien de symbolique. Harvard, avec près de 32 000 recherches mensuelles depuis la France, talonne l’ESSEC et devance l’ESCP. Oxford dépasse la Sorbonne. Cambridge rivalise avec l’EDHEC. Peu d’étudiants français finiront par y déposer un dossier, mais leur présence massive dans les recherches dit l’espace mental qu’elles monopolisent déjà.
Plus discrètement, des universités européennes occupent elles aussi l’esprit des étudiants et viennent chasser sur les terres françaises. Warwick, IE Business School à Madrid, Bocconi à Milan : des marques encore peu connues du grand public hexagonal il y a quelques années affichent désormais plusieurs milliers de recherches mensuelles. La baisse démographique touche toute l'Europe, et ces établissements ont compris qu'il fallait aller chercher les étudiants là où ils sont. Y compris en France.
L’international, source de polarisation sociale ?
L’internationalisation des études ne profite pas à tous de la même manière. Les échanges internationaux bénéficient d’abord aux étudiants issus de familles capables d’absorber les frais de scolarité, le logement, les voyages et l’incertitude du départ. Pour les plus favorisés, partir devient un accélérateur, parfois une façon de s’extraire d’un horizon français jugé plus étroit.
Pour les autres, la mobilité rêvée reste une promesse observée à distance. C’est aussi pour les moins favorisés la certitude de subir les effets des politiques économiques françaises peu motivantes pour les futurs actifs : qu’il s’agisse d’une retraite qu’ils peuvent penser ne jamais toucher dans son fonctionnement actuel ou de la "taxe mania" très française toujours plus intense sur le fruit de leur travail.
