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Апрель
2026

Enfants et enfances au Moyen Âge

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Les hommes et femmes du Moyen Âge s’intéressaient-ils à leurs enfants ? En 1960, l’historien Philippe Ariès affirmait que ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’apparaîtrait un « sentiment de l’enfance », dans un ouvrage qui a suscité de nombreuses objections de la part des médiévistes. Ceux-ci se sont attelés à déconstruire cette vision négative, quitte à lui opposer une image idéalisée de l’enfance médiévale. Ce sont ces débats que reprend Didier Lett, professeur émérite à l’université Paris-Cité et spécialiste de l’histoire de la famille, avec cet ouvrage de synthèse qui se concentre sur les quatre derniers siècles du Moyen Âge. En s’appuyant sur les recherches récentes en histoire et en archéologie, son objectif est de proposer une histoire globale des enfants dans toute leur diversité.

Des enfants (chrétiens) pensés, désirés, protégés

Au Moyen Âge, les enfants sont pensés comme des individus avant l’accouchement, dès le début de la grossesse. Ont-ils déjà une âme ? La question a fait débat jusqu’en 1234, quand triomphe la théorie du « créatianisme » : l’âme est infusée dans le fœtus 40 jours après la conception pour les garçons, 90 pour les filles. Dès lors, dans une société profondément chrétienne où la procréation est vue comme nécessaire, tout ce qui met en danger la grossesse (contraception, avortement) est condamné et les femmes enceintes sont très protégées juridiquement, elles peuvent par exemple ne pas se rendre à une convocation au tribunal. Les auteurs leur prodiguent de nombreux conseils et insistent sur l’importance d’un environnement calme et heureux pour préparer au mieux l’accouchement, moment de tous les dangers. Les Vies de saints décrivent la douleur des parturientes et les décès en couches font partie du quotidien. La césarienne n’est pratiquée que lorsque la mère est décédée, pour baptiser en urgence l’enfant mourant. Dans l’iconographie, les naissances bibliques mettent en scène un entourage presque exclusivement féminin, ce qui ne correspond pas entièrement à la réalité, en particulier dans les campagnes où les hommes pouvaient avoir un rôle central au moment de l’accouchement.

Une fois l’enfant né, il doit être baptisé, parfois le jour même, ou très peu de temps après. La généralisation du pédobaptême (baptême des enfants) à la fin du Moyen Âge a renforcé le rôle des parrains et marraines autour desquels se forme une famille symbolique. Bien qu’ils semblent en réalité peu présents dans le quotidien de l’enfant, leur choix permet aux parents de créer ou de renforcer des alliances. En 1215, l’Église autorise officiellement deux parrains et une marraine pour les garçons, deux marraines et un parrain pour une fille, mais ils sont souvent plus nombreux : au début du XVe siècle, Jeanne d’Arc en a trois de chaque sexe. 

C’est un rituel d’autant plus important que les enfants morts sans avoir été baptisés – par un prêtre ou, en urgence, par des laïcs – finissent en enfer et ne peuvent théoriquement être inhumés dans le cimetière. Les fouilles de cimetières ont justement révélé une sous-représentation systématique des squelettes immatures (moins de 18 ans) et surtout des « tout-petits » (moins de 5 ans) : leurs os sont plus fragiles et les tombes creusées moins profondément, mais surtout, beaucoup n’ont pas été enterrés sur place. C’est dans ce contexte qu’a lieu, à la fin du XIIe siècle, une « révolution de la géographie de l’au-delà » avec l’apparition du limbe des enfants, lieu de destination et non d’attente, que l’Église catholique n’a aboli qu’en 2007.

Fragiles donc, les nouveau-nés font l’objet de grandes attentions au cours de leur première année. Il faut les allaiter, dans l’idéal avec le lait maternel. La question est importante car l’allaitante transmet à l’enfant ses vertus (et ses défauts), d’où l’attention apportée à son alimentation, ses émotions, son hygiène, pour les mères et les nourrices. La mise en nourrice, longtemps limitée aux élites royales et princières, s’est étendue à partir des XIIIe-XIVe siècles aux classes urbaines aisées et moyennes. Les parents choisissent minutieusement les nourrices, souvent des femmes de la campagne chez qui ils envoient leur enfant plutôt que de les loger. Les médecins recommandent d’allaiter l’enfant jusqu’à 2 ou 3 ans ; dans la pratique, le sevrage est plus souple et progressif mais l’allaitement prend en tout cas fin avec l’apparition des dents. Une fois sevré, l’enfant se voit enseigner la marche et le langage puis commence son éducation jusqu’à la fin de l’enfance, soit entre 12 et 15 ans selon les auteurs et le sexe : cela correspond à la majorité sexuelle qui est de 12 ans pour les filles, 14 pour les garçons.

Aimer et éduquer ses enfants

La famille médiévale est une communauté émotionnelle au sein de laquelle l’affection parentale est bien visible : les sources hagiographiques, notamment les récits de miracles, mettent en scène des enfants malades ou blessés entourés de parents aimants. Aucune différence n’apparaît selon le sexe de l’enfant ou du parent, bien que les sentiments maternels soient décrits comme plus viscéraux, excessifs même, par rapport à ceux du père. Cette différence genrée se perçoit aussi lors des épisodes de deuil où les cris maternels sont fréquents. En revanche, l’amour filial est moins souvent mis en scène dans les sources narratives et, dans les fabliaux, les fils peuvent même représenter un danger pour le pouvoir paternel. L’affection entre parents et enfants se déploie aussi dans le cadre de familles recomposées, fréquentes au Moyen Âge. Si l’image de la marâtre est très négative – le parâtre (beau-père) est quant à lui quasiment invisible – elle peut avoir dans la pratique de très bons rapports avec les enfants d’un premier lit. Entre les frères et sœurs également, une profonde affection se développe dès l’enfance et les aînés, en particulier les filles, ont souvent un rôle éducatif. Les rapports peuvent bien sûr être plus conflictuels en certaines occasions : chez les frères lors de la répartition de l’héritage, chez les sœurs au moment du mariage, prétexte de rivalités sororales dans les sources narratives.

L’éducation des enfants commence surtout vers l’âge de 7 ans. À la fin du Moyen Âge, de nombreux traités pédagogiques sont écrits, majoritairement par des pères pour leurs fils, mais aussi parfois des mères comme Christine de Pizan qui compose au début du XVe siècle Les enseignements moraux pour son fils Jean Castel. La jeunesse est vue comme une période clé lors de laquelle les enfants apprennent mieux et il faut être attentif à leur environnement visuel, auditif et moral. Les parents n’hésitent pas à recourir à la peur – avec des figures comme le croquemitaine – ou aux châtiments corporels, souvent recommandés mais avec modération. Les mères ont dans la pratique un rôle central, en particulier dans la transmission de la foi, mais ce sont les pères qui portent la responsabilité nourricière et éducative de leur progéniture, car leur mauvaise éducation entacherait la réputation familiale. Cette éducation diffère selon l’âge, le sexe, la place au sein de la famille (aîné ou cadet) ou le niveau social de la famille. Dans l’aristocratie, les garçons sont éduqués aux armes, aux lettres et à l’éthique courtoise. Les filles apprennent à être de bonnes épouses et mères et les auteurs divergent quant à la nécessité de leur apprendre à lire avec leurs frères…

Cette éducation se développe de plus en plus dans de nouvelles écoles urbaines à partir du XIIe siècle, ce qui bénéficie majoritairement aux garçons. Les écoles privées et communales contribuent à augmenter le taux d’alphabétisation en ville, phénomène particulièrement visible en Italie centro-septentrionale où même les foyers modestes peuvent envoyer leurs enfants dans une école prise en charge par la municipalité : en 1340 à Florence, la moitié des enfants de 6 à 13 ans sont scolarisés. L’encadrement est plus lâche dans les campagnes même si certains villages bénéficient parfois d’écoles de grammaire. Quant aux autres enfants, beaucoup sont placés en apprentissage auprès d’artisans ou pour le service de particuliers. Ils sont souvent jeunes, ont perdu un parent ou sont issus de familles « excédentaires » et s’ils signent fréquemment des contrats – les garçons du moins – ils s’exposent tout de même aux maltraitances.

Des enfances à risques ?

C’est que l’enfance peut aussi être un temps de malheurs. La mortalité infantile est forte et on estime qu’un enfant sur trois n’atteint pas l’âge de 5 ans. Le manque d’hygiène, la malnutrition, les carences alimentaires et de nombreuses maladies menacent les enfants, en particulier dans les trois premiers mois après la naissance et autour de 3 ans, juste après le sevrage. Les enfants sont aussi sujets aux accidents, chutes, suffocations, mais surtout aux noyades qui représentent 50 % des accidents d’enfants de moins de 7 ans dans les coroner’s rolls anglais (registres recensant les morts non naturelles) de la fin du Moyen Âge.

Les enfants peuvent aussi subir des maltraitances et des abandons. La maltraitance infantile est difficile à appréhender au Moyen Âge, en particulier au sein du foyer. Elle est souvent vue comme légitime, voire nécessaire à l’éducation et ne laisse pas toujours de traces judiciaires. C’est particulièrement le cas pour les enfants esclaves, capturés ou vendus par leurs parents à la bourgeoisie marchande d’Italie, d’Espagne et du sud de la France. Les abandons ne sont pas tellement plus faciles à repérer dans les sources, mais l’on sait que contrairement à un mythe tenace, les parents médiévaux n’ont pas massivement abandonné leurs enfants. Ils ont pu s’y résoudre sous la contrainte et avec douleur, en cas de grande pauvreté ou pour dissimuler une liaison prénuptiale ou adultérine. Face à l’augmentation de ce phénomène à la fin du Moyen Âge, des hôpitaux spécialisés voient le jour, comme l’hôpital du Saint-Esprit à Montpellier construit à la fin du XIIe siècle. Les enfants abandonnés n’ont pas vocation à rester indéfiniment dans ces structures puisqu’ils sont souvent adoptés.

Enfin, les enfants sont aussi exposés à la pédocriminalité et aux infanticides, des violences relativement rares et punies très lourdement par les législateurs, qui ont souvent lieu dans les « structures facilitantes » que sont la maison et l’école. Les viols d’enfants sont généralement punis de mort bien qu’il faille rappeler la « majorité sexuelle » de 12 ans pour les filles : après cet âge, les victimes doivent prouver l’absence de consentement. Par ailleurs, un nombre non négligeable de viols de filles sont « réglés » par le mariage de la victime et de son agresseur : ces « mariages réparateurs » concernent 15 % des résolutions après viol de mineures dans la Catalogne du XIVe siècle. Pour les garçons, le viol est souvent jugé d’autant plus sévèrement qu’il a souvent été commis par sodomie, soit un « acte contre-nature » qui vient s’ajouter au crime. Quant aux infanticides, pour lesquels les peines se durcissent à la fin du Moyen Âge, il s’agit majoritairement de meurtres de nouveau-nés, qui ont souvent lieu très peu de temps après l’accouchement, lorsque des filles-mères pauvres, célibataires et/ou en situation de marginalité se résolvent à cet acte extrême.

L’ouvrage de Didier Lett montre donc bien qu’il n’existe pas une enfance mais des enfances et même des enfants médiévaux. En dépassant une historiographie longtemps binaire qui présentait les enfants médiévaux comme les victimes d’une période sombre ou des « enfants-rois » surprotégés, il raconte une histoire toute en nuances qui insiste sur la diversité géographique et les parcours individuels.




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