Les contractuels de la fonction publique sont dans le collimateur de la gauche
Les contractuels sont de plus en plus nombreux dans la fonction publique. Cela ne plaît pas aux syndicats ni à la gauche qui dénoncent une mise en cause du statut de fonctionnaire.
Selon le rapport 2025 sur l’état de la fonction publique (qui porte sur l’année 2023), 23% des agents publics sont contractuels. Fin 2023, la fonction publique emploie 1,358 million de contractuels. C’est 63.300 de plus que fin 2022, soit une hausse de 4,9%, supérieure à celle constatée entre 2021 et 2022 (+2,6%) et à l’évolution annuelle moyenne entre 2011 et 2021 (+3%). Parallèlement, le nombre de fonctionnaires n’évolue pratiquement pas : −0,1% en 2023 (-2900 agents) ; −0,2% en 2022 ; stable entre 2011 et 2021.
Des contractuels de plus en plus nombreux…
Aujourd’hui, les contractuels représentent 40% des recrutements annuels d’agents publics. Un phénomène qui devrait continuer à croître si l’on en croit certaines projections qui font état d’un tiers de contractuels dans la fonction publique d’ici cinq ans.
Cette expansion répond évidemment à des besoins, les premiers étant le remplacement temporaire d’un agent titulaire absent et l’embauche pour un projet délimité dans le temps. C’est sans doute pourquoi 69% des contractuels sont en contrat à durée déterminée (CDD), une proportion qui monte jusqu’à 85% dans la fonction publique territoriale (FPT).
Mais il existe bien d’autres raisons au recrutement d’agents sous contrat comme la difficulté à pourvoir des postes mis au concours liée au manque d’attractivité du statut de fonctionnaire, le besoin d’expertises pointues peu ou non représentées dans la fonction publique, l’envie d’instiller un peu de culture d’entreprise avec des agents venant du secteur privé, la possibilité de s’adjoindre rapidement les compétences dont on a besoin sans attendre les résultats des concours… et surtout l’opportunité de s’affranchir de la lourdeur du statut de fonctionnaire.
Ceci dit, avec un ratio fonctionnaires/contractuels de 78/22 en 2018, la France était encore loin de ressembler à ses voisins. Le ratio fonctionnaires/contractuels était de 53/47 en Espagne, de 40/60 en Allemagne, de 15/85 en Italie, de 8/92 au Royaume-Uni. En Suède, il était de 1/99 !
Le statut de la fonction publique est donc loin d’être menacé en France. Il l’est d’autant moins que le Gouvernement envisage de titulariser prochainement certaines catégories de fonctionnaires.
… mais de moins en moins aimés
Parallèlement, les contractuels sont accusés de tous les maux.
L’année dernière, la Cour des comptes a considéré qu’ils coûtaient de plus en plus cher aux administrations et qu’ils avaient des conséquences négatives sur les finances des collectivités locales où ils sont proportionnellement les plus nombreux. Un point de vue contesté par l’Observatoire de la masse salariale de la fonction publique territoriale qui estime, qu’avec la hausse des cotisations retraite, le coût d’un fonctionnaire dépasse désormais celui d’un contractuel. Ce qui fait dire à certains que les contractuels sont une menace pour la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL).
D’autres encore mettent en avant la complexité qu’il y a à gérer parallèlement des contractuels de plus en plus nombreux et des fonctionnaires titulaires, dont la rémunération, l’avancement, les perspectives de carrière, la retraite et les avantages diffèrent nettement. Le plus simple pour eux serait évidemment que tout le monde soit sous le statut.
Un syndicat intercommunal est même allé jusqu’à accuser une agente en CDD de manquer d’implication dans son travail parce qu’elle n’a pas voulu passer le concours pour devenir fonctionnaire !
La fin des contractuels au programme de la gauche
Comment s’étonner alors que le Parti socialiste, qui vient de rendre public son projet pour 2027, veuille « refaire du statut de fonctionnaire la norme », en cantonnant le recours aux contractuels aux métiers en tension ? En janvier dernier, deux sénatrices socialistes ont tenté de titulariser les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Si elles avaient pu faire voter leur proposition de loi, le nombre de fonctionnaires aurait augmenté de 140.000 d’un seul coup !
Quant à Christian Grolier, secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires de Force ouvrière, il a écrit le 16 avril dernier au ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, pour réclamer « un plan de sécurisation des contractuels. » Par « plan de sécurisation », il faut comprendre « titularisation ». Il s’agirait, ni plus ni moins, de reproduire la loi Sauvadet de 2012 qui, sous la présidence de Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon, a permis de titulariser plus de 50.000 contractuels entre 2013 et 2018.
Des voix s’élèvent donc de partout pour fonctionnariser un peu plus encore la France. Nous pensons, au contraire, que le statut de contractuel doit devenir la norme et que c’est celui de fonctionnaire titulaire qui doit être supprimé pour les emplois qui ne sont pas de nature régalienne.
Les Français réclament des services publics efficaces. Cela passe par une gestion efficace des ressources humaines et donc par la suppression du statut de la fonction publique. Et cela passe aussi et avant tout par une réduction du périmètre de l’État !
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