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Rentrée littéraire d’hiver : nos premiers choix pour bien commencer l'année

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Une rentrée chasse l’autre. Les libraires ont à peine renvoyé les cartons des romans du mois d’août qu’il leur a fallu déballer ceux de janvier. Outre les événements que sont Gaspard Koenig (Aqua, L’Observatoire) et Pierre Lemaitre (Les Belles Promesses, Calmann-Lévy), voici cinq titres qui devraient à coup sûr faire l’actualité. Où il est notamment question de smartphones avec Delphine de Vigan, de peine de mort avec Constance Debré et de grande cuisine avec Gautier Battistella. A table !

Delphine de Vigan, Nokia et moi

Le critique littéraire encore exténué par une rentrée de septembre très autocentrée (papa, maman, moi) ne peut qu’exprimer sa gratitude envers Delphine de Vigan. Anomalie parmi les romanciers français très populaires, l’auteure de No et moi déteste se répéter. Si elle a connu un succès immense avec un livre sur sa mère bipolaire (Rien ne s’oppose à la nuit), cette admiratrice de Stephen King multiplie les fictions reflétant leur époque tout en variant les genres, jusqu’au thriller (D’après une histoire vraie). A quoi il faut ajouter une écriture sensible, introspective, mais jamais mièvre.

Après Les Enfants sont rois (2021) sur la téléréalité et les réseaux sociaux, Je suis Romane Monnier ausculte la place des smartphones dans nos vies. Père célibataire, Thomas échange par mégarde son téléphone avec une inconnue, un samedi soir d’ivresse. Ayant accès au code de l’appareil, il se plonge dans l’existence numérique de sa propriétaire, qui semble s’être évaporée. Qui est Romane Monnier ? Textos, vocaux, photos, vidéos, données de santé, dictaphone ou applications sont autant d’éléments de l’enquête, et dévoilent un portrait virtuel de cette jeune femme mal à l’aise avec les faux-semblants de son époque. Partant du principe que la vérité des êtres se trouve désormais plus dans leur smartphone que dans les journaux intimes ou les confessionnaux, Delphine de Vigan montre comment, du premier Nokia (ah le serpent du jeu Snake !) aux téléphones intelligents, nos existences se confondent de plus en plus avec ces doudous omniprésents. Evitant l’écueil du pamphlet technophobe, Je suis Romane Monnier prouve que WhatsApp est un beau sujet romanesque. Dans la guerre de l’attention, face à la colonisation des écrans, la littérature n’a peut-être pas dit son dernier mot. Thomas Mahler

Je suis Romane Monnier par Delphine de Vigan. Gallimard, 331 p., 22 €. Parution le 15 janvier.

Eric Reinhardt, l’homme est un hermaphrodite comme les autres

Faisons amende honorable : nous avons pu par le passé nous moquer d’Eric Reinhardt, dans lequel nous voyions un Narcisse par trop sophistiqué dans sa mise comme dans son écriture. Avec son nouveau livre, L’Imparfait, il fait preuve d’une autodérision qui le lave de ses péchés d’orgueil. Par ailleurs, on ne peut que tout pardonner à un homme qui, page 211, rend hommage à Fleetwood Mac et à leur chanson Dreams

L’Imparfait a à voir, si ce n’est avec le rêve, avec la rêverie. Dans le cadre de la collection "Ma nuit au musée", Reinhardt décide de se faire enfermer à la Galerie Borghèse, à côté de la statue de l’Hermaphrodite. Le sportswear n'est pas envisageable en de telles circonstances : Reinhardt enfile un costume Francesco Smalto seventies avec une doublure violette ("épiscopale", dit l’auteur). Ainsi vêtu, l’évêque des lettres flâne à travers la Galerie Borghèse, se souvient d’anciens séjours à Rome, digresse sur le Caravage, le Bernin ou les œuvres piquées par Napoléon à son beau-frère Camille Borghèse – tout en enchâssant dans son récit un conte fantastique mettant en scène une hermaphrodite. Ce mélange des genres permet à Reinhardt de réfléchir avec originalité, finesse et drôlerie aux débats contemporains sur l’identité sexuelle et sur sa propre androgynie – des pages qui auraient intéressé d’autres dandies, de Virginia Woolf à David Bowie. Reinhardt tournant définitivement le dos au snobisme, il ne cite ni Orlando de Woolf ni Ziggy Stardust de Bowie, mais fait l’éloge… de l’album Play de Moby ! On va dans ce livre de surprise en surprise. Les masculinistes bornés jetteront L’Imparfait au feu quand les fanatiques d’Oscar Wilde, dont nous sommes, ne pourront que saluer l’audace de Reinhardt qui, avec cette fantaisie osée, s’offre une véritable rédemption littéraire. Louis-Henri de La Rochefoucauld

L’Imparfait par Eric Reinhardt. Stock, 264, 19,90 €.

Constance Debré, les derniers jours des condamnés

Le monde se divise en trois : ceux qui ne comprennent rien aux livres de Constance Debré (et qui la tournent en dérision), ceux qui l’aiment pour de mauvaises raisons et ceux qui voient en elle une sorte de mystique postmoderne. Avec son visage émacié et son crâne presque rasé, elle ressemble de plus en plus à un moine. Les esprits impressionnables voient en elle une punkette désordonnée alors que sœur Constance a quelque chose de cistercien. Est-ce un hasard si elle cite saint Paul ("Aux purs tout est pur") en exergue de son nouveau livre, Protocoles ?

Après avoir commencé comme Guillaume Dustan par une trilogie autobiographique sur le thème de la réinvention de soi (les indispensables Play Boy, Love Me Tender et Nom), Debré tel Dustan s’est mise à explorer d’autres territoires. Dans Protocoles, elle se penche sur l’application de la peine de mort aux Etats-Unis aujourd’hui. De la chaise électrique aux injections en passant par le peloton d’exécution, elle détaille par le menu cette barbarie qui perdure. Avec son humour sec et altier, elle note : "Plus le niveau de sécurité est élevé plus les prisons ressemblent à des espaces d’art contemporain." Le design n’épargne pas l’ignominie. Quand Constance Debré n’enquête pas dans les coulisses du milieu carcéral, elle erre à travers Los Angeles, mange peu et nage (2,5 kilomètres tous les matins). Cette règle qu’elle applique à sa diététique forge sa silhouette élancée aussi bien que son style, toujours plus ascétique. Sur le plan littéraire, c’est d’un autre niveau que Le Journal d’un prisonnier de Sarkozy… On est quelque part entre Bret Easton Ellis, Thomas Bernhard et Blaise Pascal. Peu de gens sortiront vivants de ce livre consacré à des condamnés, mais Constance Debré, elle, s’approche toujours plus de la grâce. L.-H. L. R.

Protocoles par Constance Debré. Flammarion, 138 p., 19 €.

Gautier Battistella, le Commandeur de la cuisine

En 2022, Gautier Battistella avait connu un beau succès de librairie avec Chef, simili polar tournant autour du suicide de Paul Renoir, personnage imaginaire pouvant rappeler les cuisiniers Bernard Loiseau et Benoît Violier. Pourquoi faire de la fiction quand la réalité la dépasse ? Ancien critique gastronomique au Guide Michelin, Battistella écrit aujourd’hui le roman vrai de la vie de Paul Bocuse, le Marie-Antoine Carême de Collonges-au-Mont-d’Or. Une légende du siècle dernier dont le destin hors-norme est ici parfaitement restitué : la jeunesse sur les bords de la Saône, l’engagement valeureux à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les premières armes en cuisine, les trois étoiles au Michelin, la conquête de l’Amérique et du Japon, les rencontres avec Brigitte Bardot et le général de Gaulle, Romain Gary et Valéry Giscard d’Estaing (pour qui il inventa la soupe aux truffes noires VGE), les déclarations fracassantes et la renommée mondiale, la résistance face aux modes successives, de la nouvelle cuisine à la cuisine moléculaire…

Il y a à boire et à manger dans ce Bocuse. Le récit, vif et enlevé, se dévore avec le plaisir que l’on prend à lire une saga de presse signée par un bon journaliste. Mais que penser de Bocuse lui-même ? Volontiers mégalomane, polygame insatiable (trois femmes officielles en même temps, plus des maîtresses de passage), cette grande gueule qui se vantait de ne jamais ouvrir un livre était capable de rosser sans raison un membre de son équipe. Si sa vie est trépidante, le portrait qui ressort de ce rustre ne le rend vraiment pas aimable. « Il n’y a pas eu d’après Mozart, comment voulez-vous qu’il y ait un après Bocuse ? », disait le cuisinier, plus que toqué, quand il était vivant. Après sa mort, contre toute attente, la Terre a continué de tourner. L.-H. L. R.

Bocuse par Gautier Battistella. Grasset, 313 p., 22 €.

Marie-Hélène Lafon, d’autres vies minuscules

N’en déplaise aux littérateurs germanopratins, la France ne se réduit pas à la rive gauche et la rive droite. Loin de la Seine coule la Santoire. C’est auprès de sa rivière éternelle, dans le Cantal, que Marie-Hélène Lafon a grandi. Depuis Le Soir du chien (2001), cette admiratrice de Cézanne n’a cessé de peindre le milieu paysan de ses origines, rencontrant le succès avec Histoires (prix Goncourt de la nouvelle 2016) et Histoire du fils (prix Renaudot 2020). On sait que c’est en lisant Vies minuscules de Pierre Michon que Marie-Hélène Lafon a eu la révélation sur sa vocation. En vérité, son style dépouillé rappelle plus ses cousins corréziens Pierre Bergounioux et Richard Millet que le lyrisme parfois tarabiscoté de Michon le grantécrivain creusois. Hors champ prolonge une œuvre cohérente dans laquelle on se baigne toujours dans le même fleuve – la moindre des choses chez l’auteure des Sources.

Sur quelques décennies, Hors champ raconte les destins croisés d’un frère et une sœur, Gilles et Claire. Enfants d’agriculteurs, ils sont censés reprendre la ferme de leurs parents – enfin, surtout Gilles. Le saint-nectaire est-il l’avenir de l’homme ? Alors que Claire part construire sa vie ailleurs, Gilles demeure sur les terres familiales, vers Aurillac et Saint-Flour, allant jusqu’à la laiterie de Condat vendre ce qu’il a tiré de ses vaches. Une mélancolie sourde hante ce pays perdu où, quand le suicide est plus fort que soi, on se pend dans la grange. Qu’est-ce que Gilles et Claire auront eu de meilleur, pourrait-on se demander en paraphrasant Flaubert, autre auteur de chevet de Marie-Hélène Lafon. Des images du passé, le tracteur du grand-père ou le catéchisme de l’enfance, qui reviennent en mémoire des deux héros et adoucissent leur présent plus que la politique agricole commune. L.-H. L. R.

Hors champ par Marie-Hélène Lafon. Buchet/Chastel, 170 p., 19,90 €.




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