Le procès des "bars américains" de Marseille: "on vendait de la compagnie", pas du sexe
"Hé chéri!": combien de Marseillais circulant seul dans le quartier de l’Opéra, en plein cœur de la cité phocéenne, se faisaient jusqu'au milieu des années 2010 interpeller par une dame, assise sur un tabouret haut devant le "Ginger", le "5e Saëns" ou encore le "Sweet’s Lady".
Âgées de 49 à 79 ans, les patronnes de ces établissements et leurs barmaids ont commencé à s'expliquer, voulant convaincre le tribunal que "dans les bars, c'est pas ce que vous pensez".
Des écoutes téléphoniques mais aussi les témoignages de certaines entraîneuses ont, selon l'accusation, établi que ces bars à champagne abritaient la prostitution de leurs "hôtesses", officiellement rémunérées autour de 60 euros sur le tarif d'une bouteille vendue 250 euros au client.
"On vend de la compagnie, on parle, on danse", s'est vivement défendue l'ex-gérante du "Ginger" et du "Johns", une ancienne prostituée âgée de 62 ans. Elle maintient mordicus qu'il n'y a jamais eu de prostitution dans ses bars, assurant même avoir renvoyé une hôtesse "ingérable".
Les écoutes téléphoniques, les déclarations de certaines hôtesses ont démontré selon l'accusation que les 300 à 400 euros payés pour la bouteille réglait, non pas "du rêve" mais bien des prestations sexuelles tarifées.
Héritage d'un passé portuaire, le quartier de l'Opéra de Marseille comptait encore une quarantaine de bars à hôtesses dans les années 1990. En novembre 2015, le coup de filet judiciaire à l'origine du procès, suivi d'une vague de gentrification de ce périmètre proche du Vieux-Port, a définitivement mis fin à cette vie nocturne sulfureuse.
"petite gâterie"
À la deuxième bouteille, le client et l'hôtesse avaient accès à un salon ou bien un rideau était tiré pour isoler le couple. Souvent la barmaid servait, en guise de champagne, une bouteille de mousseux achetée quelques euros à la supérette du quartier. La juge d'instruction avait recensé 52 hôtesses mais aucune ne s'est constituée partie civile.
"On offrait ce qu'un psychiatre ou une prostituée ne peut pas offrir", a expliqué au tribunal Martine, barmaid d'un de ces établissements qui assure avoir "adoré" ce métier. À la différence de "la misère de la prostitution de rue", ces bars accueillaient "le mec auquel sa femme et ses ados font la gueule", a-t-elle expliqué. "Et nous, on rit de ses conneries, il croit qu'il nous plait, on lui redonne ses vingt ans".
Une autre patronne de bar résume: "on vend du vent".
La doyenne des gérantes, âgée de 79 ans, avait évoqué "des clients dépressifs ou seuls qui ont besoin de contacts humains. Mais, il n’y a pas de sexe".
À la barre, les répliques sont souvent crues, voire salaces. "Si le client paye 350 euros pour une pipe et revient, c'est qu'il a besoin d'un psychiatre" (sic), a ironisé l'une des prévenues.
L'accusation s'appuie sur des déclarations de clients. L'un des habitués du "Dark Side" a confirmé qu'"à partir de la deuxième bouteille, il avait droit à une petite gâterie". Lorsque le consommateur devait aller au distributeur pour les règlements en espèces, les établissements le faisaient "escorter par un gars de la sécurité".
Dans ce procès prévu jusqu'à vendredi, trois hommes sont également jugés, dont l'un âgé de 80 ans était barman, un autre se voit reprocher la livraison de cocaïne dans ces établissements.
