À Fresnes, la casse du troisième tour
Ensauvagement. La mairie de la commune de 30000 âmes située dans le Val-de-Marne a été saccagée par les voyous après le résultat de l’élection municipale
Bien connue pour sa prison, la bonne ville de Fresnes (Val-de- Marne) l’est désormais pour la vingtaine de citoyens-sauvageons dont on espère bien qu’ils auront au plus vite l’honneur et l’avantage d’y effectuer un séjour, si possible de longue durée.
Ces dynamiques jeunes gens sont mécontents du résultat des élections municipales dans leur cité et le font donc savoir. À leur manière. Idiote, violente, haineuse. Ils ont attaqué la mairie, la maison commune. Carrément.
Il faut dire que, à Fresnes, le résultat des urnes a effectivement de quoi contrarier un petit milieu bien installé dans ses habitudes et ses pratiques lucratives. Lucratives et prohibées par les lois de la République, on s’en doute.
Après quatre-vingt-deux années de ronronnante gouvernance de gauche, voilà bien que ces urnes ont accouché d’un maire LR[1] qui, avec une audace sans pareille, n’a pas craint d’afficher et d’annoncer urbi et orbi ses très mauvaises intentions : renforcement de la sécurité, installation d’un réseau de caméras de surveillance, montée en puissance également de la police municipale. Bref il s’agit de s’efforcer de faire en sorte que la population se sente enfin protégée et puisse retrouver, dans son quotidien, une once de sérénité.
En d’autres termes, le nouveau maire n’a pas craint de donner dans la provocation. Non mais, où va-t-on ! se sont insurgés ces jeunes citoyens devant un tel déploiement de mauvaises manières. Voudrait-on faire de la ville de Fresnes tout entière une annexe de la prison ? Ou un ilot de répression fasciste généralisée, pour dire les choses telles qu’elles sont ? Alors, ces lascars n’ont fait ni une ni deux et sont entrés en Résistance, comme on dit dans ces cas-là. Avec passage à l’acte immédiat. Attaque de la mairie, saccage du premier étage, bris de vitrines, y compris de commerces voisins. Tout vite fait bien fait histoire de montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Et que la vie de la nouvelle municipalité sera tout ce qu’on voudra sauf un long fleuve tranquille.
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Bien entendu, devant une telle situation le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont fait les gros yeux. Probablement, les casseurs de Fresnes en ont-ils été terrifiés au point de s’oublier dans leur froc. On peut rêver[2].
Le message adressé au maire nouvellement élu est des plus clairs. Sa sécurité, ses policiers municipaux, ses caméras, pas de ça chez nous ! Tout est dans le « chez nous », vous l’aurez compris. « Chez moi, ils sont chez eux », disait Mitterrand évoquant les nouveaux venus débarqués en France d’horizons lointains. Comment s’étonner que, à Fresnes comme ailleurs, certains l’aient pris au mot ?
Ils se seront dit que les mauvaises intentions du maire élu seraient sans doute très préjudiciables au bon fonctionnement de leur petit commerce de farces et attrapes en tout genre, ce négoce de moins en moins à la sauvette qui prospère certes à Fresnes mais désormais à peu près partout en France. Oser déranger, entraver l’initiative économique de sa jeunesse locale, voilà ce que le nouveau maire se permet ! A-t-on idée ? Ne devrait-il pas plutôt applaudir devant le dynamisme entrepreneurial dont ces jeunes font preuve, justement ? Et transformer la mairie de Fresnes en point de libre-échange, avec l’organisation d’un grand salon annuel de présentation des dernières innovations flippantes, le tout placé sous la protection de brigades composées d’une main d’œuvre de proximité, les taulards de l’établissement tout proche recrutés dans le cadre d’une politique vigoureuse et enfin efficace de réinsertion ? Voilà qui serait, vous l’aurez compris, de beaucoup préférable à ces ridicules provocations de lendemain d’élection.
Hélas, mes bons amis, à Fresnes, le vivre ensemble façon ultra-gauche libertarienne devra donc attendre encore un peu. Nous en sommes bien tristes, non ?
[1] Christophe Carlier NDLR
[2] Neuf mineurs ont été interpellés ce mardi 31 mars dans la matinée, et placés en garde à vue.
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