Au printemps 2015, un juge du Michigan allait
devoir se prononcer sur la signification de «:-P». L’affaire concernait un étudiant en droit à l’Université du Michigan accusé par une camarade de classe de l’avoir espionnée et harcelée sur internet, plainte qui avait donné lieu à une enquête policière. Mais le ministère public avait refusé de porter l’affaire en justice, et l’étudiant avait subséquemment poursuivi la femme, son école et les policiers, arguant que l’enquête avait été lancée sans cause et menée illégalement. Pour sa défense, l’étudiant allait expliquer que les nombreux textos qu’il avait envoyés à un ami –dans lequel il se qualifiait lui-même de «petit bâtard» voulant que sa camarade «se sente comme une merde» et plonge dans «des abîmes de dépression»– n’auraient pas dû être pris au sérieux par la police, vu qu’ils s’accompagnaient de diverses émoticônes goguenardes, dont celle représentant un bonhomme tirant la langue. Selon l’étudiant, si les policiers avaient correctement interprété ces symboles, ils auraient tout de suite compris qu’ils n’avaient pas affaire à un monstre «sadique et assoiffé de vengeance» mais simplement à un pauvre hère «profondément mécontent» du statut relationnel que la jeune femme lui accordait. Le juge ne fut pas de cet avis et statua que l’émoticône «n’altérait pas matériellement la signification du message». Quand les gens se sont ...
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